Les trois jours de terreur que vient de connaître la France et l’effet d’atteinte à la liberté en tant que droit fondamental de tout être humain se sont cristallisés autour de l’assassinat des journalistes de Charlie Hebdo. Pour constater cela, il suffit de répertorier le slogan repris dans le monde entier « je suis Charlie » ou encore le symbole du crayon à dessiner. Soyons clairs, des journalistes assassinés partout dans le monde, on connaît cela. Loin de moi l’idée d’en banaliser l’impact. Il n’en demeure pas moins que cette fois-ci, l’affaire fait encore plus de bruit que d’habitude. Je crois que le lien avec la liberté d’expression et la démocratie qui s’est fait dans le cadre de cet assassinat vient particulièrement de la nature du mode d’expression de ce journal, soit la caricature qui relève de la satire. Une petite virée dans le dictionnaire et sur Ie net nous donne rapidement des définitions. Premièrement, il faut éviter l’homophone « satyre », mot masculin qui désigne une créature de la mythologie grecque. Le mot qui nous intéresse ici est du genre féminin et se réfère à toute œuvre littéraire qui a pour but de faire une critique moqueuse d’un individu, d’un groupe social, d’une organisation ou d’une institution comme l’État, par exemple, mais avec l’idée de provoquer ou prévenir un changement (Wikipédia). Cette idée de changement dans ce genre de création est à retenir, mais poursuivons avec notre mini-recherche sur la satire. Le Petit Larousse 2010 nous dit qu’il s’agit de « pamphlet, discours, écrit, dessin qui s’attaque aux mœurs publiques ou privées, ou qui tourne quelqu’un ou quelque chose en ridicule ». Son origine serait aussi vieux que les grandes civilisations occidentales, soient grecque et romaine. Ainsi, on attribue sa paternité au poète grec Archiloque de Paros. D’autres voient dans le mot « pot-pourri » son origine latine. La satire connaît semble-t-il un grand développement à Rome dans l’Antiquité et on cite comme auteur Sénèque, par exemple. Ce genre persiste au Moyen-Age et à la Renaissance avec des auteurs comme François Rabelais dans Pantagruel et, toujours en France au XVIIe siècle, Nicolas Boileau. Jean de la Fontaine, Molière ou encore Voltaire au XVIIIe siècle . Enfin, au XIXe siècle, la presse satirique se développe en Europe alors qu’elle ne pourra faire son apparition en Afrique qu’au XXe siècle, car liée justement à la liberté d’expression des pays où elle se développe. Voilà que nous atteignons la question de la satire et du quatrième pouvoir, soit la presse. La presse satirique est un « type de presse écrite qui utilise la satire comme moyen d’information et d’expression » (Wikipédia). Son grand lien avec les droits fondamentaux des êtres humains…elle est apparue en France lors de la Révolution française. La presse satirique cherche à faire rire le lecteur tout en dénonçant ce qu’elle observe dans la société et particulièrement chez les puissants avec en filigrane l’idée de changement. Fille de la révolution, elle danse avec le principe d’anarchie et pousse souvent à la limite le principe de la liberté d’expression qui est, elle-même, une mesure de la démocratie dans nos sociétés actuelles. On ne s’étonne point que pour atteindre le plus grand nombre, la presse satirique va utiliser particulièrement le dessin, mais un dessin spécial qui est la caricature, de l’italien « charge » (Wikipédia). Il s’agit d’un des procédés de la satire qui consiste à exagérer une situation réelle au point de la rendre ridicule; on charge certains traits de la représentation d’un sujet au point de provoquer le rire. La caricature est un art, car vous pouvez vous faire caricaturer juste pour le plaisir et il s’agit de « déformer les visages sans enfreindre l’identification et la reconnaissance des personnes » (Wikipédia). Tout comme la satire, le procédé de la caricature remonte à l’Antiquité. On a trouvé des vases grecs avec des caricatures et aussi sur les murailles de Pompéi. Il paraît qu’on en a trouvée dans les ruines et les papyrus de l’ancienne Égypte. Être caricaturiste est un métier et ceux qui ont du talent sont recherchés dans la presse écrite. En effet, ne dit-on pas qu’un dessin vaut mille mots? Ce type d’art, la caricature, nous y avons accès désormais en Haïti. C’est bien la première chose que je cherche dans le journal Le Nouvelliste, car elle me donne une idée du pouls de la situation, de ce qui fait vraiment l’actualité et occupe les conversations. C’est sûr, nous n’avons pas de presse satirique, mais des journalistes tombés pour la démocratie et la liberté d’expression, nous en connaissons beaucoup. De par son développement et sa mission, la presse satirique est souvent au premier rang pour tester le niveau de démocratie et de tolérance des sociétés. C’est ce test que vient de passer Charlie Hebdo et, comme sous l'effet d'un coup de semonce, le monde semble se réveiller et se dire que la démocratie n’est pas acquise, quel que soit le pays où l’on vit. C’est une maison à construire jour après jour, génération, après génération car elle implique des capacités qui ne sont pas innées chez l’être humain mais plutôt acquises comme la tolérance, le respect des autres et la capacité d’accepter la différence, le tout sur fond de justice sociale à l’intérieur des pays et entre les pays, pour la survie d’un seul peuple, l’humain.