S’il est une évidence qui se dégage de plus en plus et que partagent, unanimement et indépendamment de leur couleur politique, tous les observateurs et acteurs de la scène politique haïtienne, c’est que le président de la République a été mal conseillé tout au long de son mandat sur de nombreux dossiers. Manifestement, il est indéniable qu’en acceptant de souscrire aussi platement et aussi peu dignement aux recommandations de la Commission consultative présidentielle, indépendamment des motivations mises en exergue, le président admet implicitement : 1. que sous sa présidence il y a eu des prisonniers politiques; 2. que le président du CSPJ a été nommé dans des conditions douteuses; 3. que le choix des membres du Conseil électoral a été fait en dehors des prescrits de la Constitution; 4. que le pays n’a pas été gouverné dans la sérénité. Sans aller plus loin dans un décompte à la Prévert, on retiendra que ces errements hypothèquent grandement le bilan des réalisations du pouvoir « Tèt Kale », et notamment celles de l’Etat de droit. Mais le constat le plus flagrant aux yeux de l’observateur le moins avisé reste et demeure que le président de la République n’est pas entouré d’un staff de CONSEILLERS, mais de préférence d’une bande de CONS ZÉLÉS qui se sont évertués à l’induire en erreur, tout en contribuant à galvauder son mandat dans des enlisements et des crises à répétition dont la République aurait pu s’en passer. Dans toute autre société que la nôtre, ces hommes et ces femmes auraient eu la décence et l’éthique de démissionner pour aider le président à préserver le maigre bilan acquis en regard des multiples crises qu’ils et/ou elles ont contribué à provoquer. Dans toute autre république que la nôtre, l’opinion publique aurait contraint ces hommes et ces femmes à s’éclipser pour préserver l’image d’une république régie par une certaine éthique publique. Puisqu’il en est autrement chez nous, il est alors légitime de se demander si la société haïtienne, dans son écrasante majorité, n’a pas implicitement fait le choix de la corruption et de la bêtise comme modèle d’organisation sociale. Car quand une société accepte que la politique se fasse à coups de mensonge, dans l’indécence la plus totale et sans respect d’une certaine éthique publique, quel autre modèle peut prévaloir, sinon le cannibalisme politique, économique et social ? Certains jugeront ma réflexion trop concluante. Mais il n’est alors qu’à se demander pourquoi cela n’a révolté personne ! Car si cela dure si longtemps, c’est parce que cela est au service d’une communauté d’intérêts. Dans certaines républiques, les conseillers des hommes au pouvoir agissent, dans l’ombre, beaucoup plus pour éviter les scandales, beaucoup plus pour trouver des consensus qui profitent à la République tout entière ; chez nous ils œuvrent à visage découvert et en bandes regroupées comme des cons plus zélés à faire sombrer la République qu’à préserver la paix sociale. Il est permis de penser que le président de la République fasse sienne cette pensée teintée d’humour que la bande à Charlie Hebdo avait prêtée au prophète Mahomet devant l’entêtement fanatique de certains fondamentalistes coupeurs de tête : « Ah qu’il est dur d’être conseillé par des cons ! » Mais prions aussi pour que les hommes de pouvoir sachent enfin reconnaître qu’il est souvent plus salutaire d’écouter ceux qui pensent différemment d’eux, car TOUT CON ZÉLÉ (lisez : conseiller) vit aux dépens de celui qui se laisse induire en erreur par ses conneries.