L’échec des discussions entre l’exécutif et le législatif, à la fin de la semaine dernière, a ouvert la voie au président de la République pour diriger le pays par décret jusqu’au rétablissement des deux branches du Parlement. Le deuxième lundi de janvier qui, traditionnellement marque l’ouverture de la session annuelle du Parlement, a coïncidé cette année avec le cinquième anniversaire du séisme du 12 janvier 2010. Michel Martelly a su garder son calme à cette date qui marque la fin du mandat de la Chambre des députés et d’un deuxième tiers du Sénat. Le blocage du vote de l’amendement de la loi électorale par les six sénateurs de l’opposition depuis mars 2014 et le désaccord survenu à la suite des pourparlers entre les protagonistes sont à la base de ce vide institutionnel qui caractérise les treize derniers mois du mandat du président de la République. L’installation du nouveau Premier ministre Evans Paul, nommé par arrêté présidentiel, non légitimé par le Parlement, sera l’un des premiers actes du président de la République dans le contexte du vide institutionnel. Les pourparlers, entre les deux chefs de l’exécutif et la plupart des partis politiques sur le choix des ministres et secrétaires d’Etat, doivent permettre à la nouvelle équipe de préparer l’investiture du nouveau cabinet ministériel. Après le technocrate Garry Conille et l’homme d’affaires Laurent Lamothe qui a eu le plus long règne d’un Premier ministre haïtien, Martelly va faire l’expérience d’un troisième Premier ministre qui connait le milieu politique haïtien, pour avoir été militant et chef de parti politique pendant plus d’une trentaine d’années. Mis à part l’investiture du cabinet ministériel, la nouvelle équipe va devoir faire face à la mise en place du nouveau Conseil électoral provisoire. L’accord conclu le dimanche 11 janvier en cours, entre le président de la République et les chefs de partis politiques, identifie les institutions qui doivent désigner leur représentant à l’institution électorale. L’article 6, ou le nœud gordien de la mise en place du Conseil électoral provisoire, est ainsi libellé : «Chacun des secteurs susmentionnés présentera deux personnalités indépendantes sans affiliation partisane, dont l'une est le choix principal, et l'autre le choix alternatif ». Différents secteurs qui doivent choisir leur représentant s’interrogent déjà sur le caractère malicieux de cet article. L’ancien président René Préval avait utilisé un procédé identique en 2009 lors du remaniement du Conseil électoral provisoire. La plupart des partis politiques avaient protesté contre ce procédé, mais René Préval n’avait pas fait marche arrière. Dans les milieux proches des anciens membres de l’institution électorale, on prétend que Michel Martelly agit de la sorte pour empêcher Léopold Berlanger et Néhémie Joseph d'intégrer le nouveau CEP. Certains secteurs s’entendent déjà à soumettre à l’exécutif un choix par entité. Ces secteurs annoncent que la proposition de deux noms par secteur constitue un accroc à l’esprit et à la lettre de la Constitution de 1987 amendée. Michel Martelly peut-il se permettre d’enclencher une nouvelle crise préélectorale avant la mise en place de l’institution qui est susceptible de lui garantir un minimum de stabilité pour le reste de son mandat ? Lemoine Bonneau lbonneau@lenouvelliste.com