Le carnaval est de retour à Port-au-Prince. Dimanche, les bandes à pied n’avaient pas encore rejoint leurs quartiers généraux, que le premier cabinet ministériel du tandem Martelly-Paul émergeait de difficiles négociations. Avec des ministres et secrétaires d’Etat presque aussi nombreux qu’avant et si semblables aux précédents, ce gouvernement peut-il apporter un quelconque changement ? La question ne se pose pas. On attend de voir la course des voitures officielles, des gyrophares et des sirènes en action pour savoir ce qui dans le poste intéresse le plus les heureux choisis. On attend aussi la valse des rumeurs qui indiqueront, mieux que les communiqués, les actes et les ratés de cette troisième mi-temps du règne de Michel Martelly. Vingt-trois des vingt-six partis politiques, qui s’étaient entendus le dimanche 11 janvier pour mettre sur pied le gouvernement de facto, ont refusé le 18 janvier de monter à bord du train. Vingt-trois sur vingt-six abandonnent le terrain. Font forfait. Dénoncent un partage inégal. Avec en majorité d'anciens ministres de Michel Martelly, les nouveaux venus vont se répartir la tâche de faire mieux que le gouvernement sortant. Certains analystes saluent le tour de passe-passe du président Martelly qui se retrouve plus fort qu’avant la crise, encensé pour une fois, depuis le début de son quinquennat, par un Premier ministre qui lui doit tout. Le Parlement K-O, le pouvoir judiciaire cassé, l’exécutif entre ses mains, Michel Martelly est seul chef à bord de son pouvoir. Lundi 19 janvier, au soir, au palais national, devant un parterre de diplomates, de journalistes et de membres du nouveau cabinet ministériel, Michel Martelly a été sobre pendant la cérémonie d’investiture. On ne sait pas s’il savourait déjà le bonheur de gouverner sans entrave pour la première fois depuis qu’il a été investi président ou s’il s’est déjà rendu compte que ce gouvernement de doublure, légère et fine, ne pourra pas le protéger de ses ennemis, de ses appétits ni du courroux de ses puissants amis s’il sort des lignes jaunes, qui comme deux rives d’un fleuve, l’enserrent dans un carcan. D’ici à la fin de son mandat, Michel Martelly va jouer sans fusible le rôle de puissant président d’un pays allergique au pouvoir sans partage.