20 ministres, 17 secrétaires d’Etat : telle est la composition du nouveau cabinet ministériel installé, le lundi 19 janvier 2015, au palais national. Un cabinet qui, si l’on en croit Kesner Pharel, aura fort à faire car les ressources de l’Etat sont vraiment limitées. Le P.D.G. du Group Croissance s’appuie sur les propos de l’ancienne ministre de l’Économie et des Finances Marie Carmelle Jean-Marie qui, le 1er janvier dernier, annonçait que le gouvernement allait devoir composer avec un budget rectificatif de 10 milliards de gourdes en moins. « A mon avis, le nouveau gouvernement devrait être constitué de 15 ministres avec une seule mission : l’organisation des élections le plus tôt possible pour sortir le pays de l’incertitude dans laquelle il se trouve », a déclaré l’économiste signalant l’impossibilité pour l’Etat de collecter les 60 milliards de gourdes à l’interne avec le doute qui plane sur la continuité de l’accord PetroCaribe. Seules les 30 milliards de gourdes promises par l’International sous forme de dons sont garanties. Entre-temps, alors que nous sommes en train de nous débattre avec nos vieux démons, politiques surtout, le pays est partie prenante de deux rapports relayés dans la presse étrangère: celui de la République dominicaine en particulier relatif au rapport de l'Observatoire haïtiano-dominicain de l’Institut Technologique de Saint-Domingue (INTEC) et celui conjoint de The Millenium project: Latinoamerica 2030 et « Frederick S. Pardee for International Futures » de l'Université de Denver. Selon l’INTEC, de 1999 à 2014, le déficit de la balance commerciale de la République d'Haïti avec les États-Unis décrit une courbe vers le bas, passant de 34,0% à près de 16,0%. Cette courbe concerne aussi bien les valeurs importées que les valeurs exportées. À cause de la situation d'urgence nationale et économique découlant du tremblement de terre, 5 ans plus tôt, les transactions totales du marché haïtiano-américain ont connu en 2010 au niveau des importations une hausse de 52,91%, passant de 790 millions à 1,2 milliard de dollars, et au niveau des exportations une baisse de 0,24%, passant de 552 à 550 millions de dollars. Par ailleurs, toujours selon les données présentées par l’INTEC, à partir de 2011, les produits haïtiens exportés vers les Etats-Unis ont augmenté plus que proportionnellement par rapport aux produits américains importés. Ainsi, de janvier à novembre 2014, par rapport à la même période en 2013, le montant des exportations a augmenté de 6,69%, passant de 782 à 834 millions de dollars, tandis que les importations ont augmenté de 1,13% à peine, passant à 1,14, soit 1,159 milliard de dollars. Par conséquent, le solde du déficit tourne autour de 10,82%, passant de 325 à 364 millions de dollars. Paradoxalement, loin de se réjouir de cet état de fait, l’Etat haïtien est en train de s’en mordre les doigts. Car, pour reprendre Kesner Pharel, quand les importations diminuent, il y a moins d’argent dans les caisses de l’Etat. L’économiste Eddy Labossière, pour sa part, y voit une carence de production nationale. Nous ne produisons pas assez. Le second rapport, cité plus haut, prévoit que « les inégalités entre les deux pays [Haïti et la République dominicaine, ndlr] vont augmenter d’ici 2030. » Selon ce rapport, la population de l'île atteindra les 25 millions d’habitants cette année-là et le produit intérieur brut (PIB) per capita dominicain passera de 5 296 dollars en 2010 à 12 000 dollars en 2030 tandis que le PIB per capita haïtien passera de 720 dollars en 2010 à 1 043 dollars en 2030. « L'écart de revenu entre les deux pays s’étendra si les tendances actuelles se poursuivent », a déclaré Thémistocle Montas, ministre dominicain de la Planification, qui prenait la parole au Forum de la diplomatie dominicaine le week-end écoulé. Dans son discours, le ministre dominicain a relevé que les pressions migratoires en provenance d'Haïti vers la République dominicaine ont déjà tendance à s’aggraver. « Les tensions vont être plus fortes durant les prochaines années […] Le plus gros problème de la diplomatie dominicaine à l’heure actuelle, c’est la pauvreté en Haïti associée à la migration », a fait savoir Kesner Pharel notant au passage l’absence de vision et de leaders politiques qui, de notre côté, constitue notre principal obstacle. « En Haïti nous nous attelons au très court terme alors que le Dominicain s’intéresse lui au moyen et au long terme. C’est une honte pour le pays que les partis politiques s’engagent beaucoup plus sur ce qui va se passer dans les 10 prochains mois au lieu de prioriser ce qui va se passer dans les 15 aux 20 prochaines années », se désole Kesner Pharel. Pour l’instant, « le secteur agricole est en chute libre alors que dans le secteur tertiaire le capital augmente, le rendement du capital dépasse le taux de croissance de notre PIB, cette accumulation de la richesse profite à un petit groupe et elle est envoyée à l’extérieur », analyse Eddy Labossière. « Quoi qu’il en soit, le nouveau gouvernement qui va sortir des urnes héritera de deux ans de ralentissement économique déjà qu’en 2014 le pays vient d’enregistrer 2.8% de croissance, soit le taux de croissance le plus bas depuis 2010 », a annoncé Kesner Pharel indiquant que l’année 2016 sera une année de transition fondamentale pour 2030.