Avec l’installation, hier, des ministres du gouvernement Paul, le président de la République a toutes les chances de mettre le cap sur la formation du Conseil électoral provisoire. En attendant la désignation des neuf membres par les différents secteurs, pour la mise en place de l’institution électorale, personne ne peut espérer de nouvelles initiatives de développement avec l’arrivée à la Primature de l’homme politique haïtien Evans Paul. Toutes les priorités de l’administration Martelly-Paul devraient être orientées sur la question électorale. Après les conflits entretenus au cours de l’année 2014 par les pouvoirs exécutif et législatif, sur la mise en place de l’organisation des élections, tous les regards seront dirigés sur la nouvelle équipe au cours de cette année, à travers ses actes et actions entourant le processus. Rien ne peut prouver que Michel Martelly avait exprimé une quelconque volonté de créer les conditions nécessaires en vue d’organiser les élections pendant les trois premières années de son mandat. Certains observateurs assimilent le comportement du président à la déclaration de l’ambassadrice américaine Pamela White, le 3 mai 2013, sur la Voix de l’Amérique, faisant savoir que vu le manque de ressources de l’Etat haïtien et tenant compte de la nécessité d’organiser les élections sénatoriales en 2014, il serait bienséant d’organiser un seul scrutin en 2014. La diplomate américaine faisait référence aux élections législatives et territoriales et l’incapacité des bailleurs de financer deux catégories d’élections en 2013 et 2014. Selon toute vraisemblance, les nombreux Conseils électoraux formés en 2012, 2013 et 2014 sur fond de crise auraient été fabriqués avec la complicité de diplomates étrangers en poste à Port-au-Prince. En écoutant l’adresse à la nation du président de la République, le vendredi 16 janvier en cours, on est en droit de se demander si Martelly annonce une nouvelle crise politique. Les mots, les expressions et le fond de ce discours n’ont aucun lien avec les nombreux discours prononcés par le président de la République. Tout porte à croire que cette adresse à la nation n’a aucune touche des conseillers du chef de l’Etat qui s’habituent à cette tâche. De nombreux observateurs restent perplexes sur l’opportunité pour le président d’évoquer le sujet de l’amendement constitutionnel dans cette adresse à la nation, alors qu’il n’y a aucune provision constitutionnelle pour une telle référence. S’agit-il d’un ballon d’essai d’un chef suprême et effectif, comme du temps des Duvalier ? ou veut-il préparer la voie à une nouvelle crise politique pour introduire une Constitution taillée sur mesure de l’entrée en force de la MINUSTAH pour une nouvelle décennie dans notre pays? Après avoir sacrifié une partie de son mandat au profit de l’international, Martelly va-t-il poursuivre dans cette voie pour justifier le plan selon lequel Haïti va être transformée en une entité chaotique ingouvernable ? Edmond Mulet n’avait-il pas dit que la Constitution de 1987 est une source d’instabilité ? Lemoine Bonneau lbonneau@lenouvelliste.com