Deuxième partie et fin Par Jean-Marie Beaudouin Notre lecture des notions posées en titre: Les errements d’une élite dirigeante L’abandon de l’Alma Mater ou la mère nourricière (Haïti) Étant un phénomène inséparable de la vie humaine, la conjoncture est présente tant dans les pays économiquement développés que dans les pays pauvres. Même dans les sociétés à régime théocratique, elle se manifeste au gré des caprices de l'Etre supérieur dont on dit être l'Architecte de l'univers, soit l'Éternel Dieu ou l'Éternel des armées. Ledit phénomène est donc universel, à proprement parler. Cependant, dans cette présente communication, l'auteur s'abstiendra de faire état des conjonctures ayant marqué l'histoire racontée ou révélée au sujet du grand Moraliste. Il préfère circonscrire son analyse dans les limites de l'intelligence humaine avec ses gages et ses faiblesses. La conjoncture se manifeste sous des formes diverses, mais son caractère est essentiellement politique. Il est évident que, dans l'histoire contemporaine, un changement de gouvernement suffit pour faire naître une situation conjoncturelle, fût-il dans les pays des plus stables au monde. Par exemple: aux États-Unis d'Amérique, l'arrivée massive des républicains au Parlement en novembre dernier a créé une nouvelle conjoncture dans la société étasunienne. Bien que le président Barack Obama doive continuer son mandat jusqu'à terme, il sera forcément mis à l'épreuve face à ses adversaires parlementaires républicains qui disposent d’une majorité significative dans les deux chambres: sur les 435 sièges à la chambre des représentants, le parti républicain remporte 247. Fait rarissime dans le système américain, les républicains obtiennent 54 sièges au Sénat sur 100, haute chambre du Congrès. On eût dit que le parti démocrate s’achemine tout doucement vers son effacement. Mais une telle éventualité, s’il s’avérait possible, n’aurait pas d’importance dans le système puisque les classes dirigeantes étasuniennes sont unanimes à reconnaître la nature dictatoriale du bipartisme dominant: il n’y a pas de différence idéologique qui puisse perturber la vie politique de l’Union, sinon l’un ou l’autre aurait longtemps disparu au profit du gagnant. N’empêche que, dans certains milieux intellectuels, on bat la grosse caisse autour de certaines nuances qu’ils veulent imposer à l’opinion comme des différences fondamentales. Il n’en est rien: républicains et démocrates exercent le pouvoir politique fidèlement dans la tradition américaine: préserver, conserver et défendre l’intérêt du pays national; maintenir et agrandir la richesse de la bourgeoisie possédante par l’exploitation des classes laborieuses des États-Unis; étendre et imposer le pouvoir américain sur l’ensemble du continent et donc un empire renforcé de ses colonies; appliquer l’interventionnisme militaire contre toute nation rebelle ou rétive. Dépendant de l'allure oppositionnelle que pourraient prendre les débats à l'Hémicycle américain, le mandataire de l’Union pourrait éventuellement se trouver dans l'obligation de gouverner par décret et d'user de son droit de veto dans le cas où la majorité républicaine en venait à légiférer contre ses projets de loi. La Constitution américaine le lui permet. Article Premier-Section 7 confère ce droit au président, mais le droit de veto présidentiel n’est pas absolu: le Congrès peut recommencer l’exercice après objection, moyennant deux tiers doivent revoter le ou les projets de loi émanant de l’Exécutif. Il semble donc que les républicains soient bien confortables. Sous un autre registre, la conjoncture peut naître à partir d'une crise à la triple dimension: sociale, politique et économique. L'histoire moderne abonde de ces types de crise à n'en plus finir, dirait-on. Haïti n'échappe pas à cette loi générale qui met à mal nos sociétés modernes. Dans la première décade du siècle dernier, il y a eu une succession de gouvernements éphémères qui ont marqué la conscience populaire et qui avaient fini par se transformer en une crise majeure nationale. Conséquence: le pays avait dû subir la Première occupation militaire du sol dessalinien par l'invasion de l'impérialisme américain. L'occupant devait y passer un long séjour, du 28 juillet 1915 au 21 août 1934. 19 ans d'opprobres, d'humiliations, de corvée et de massacres de grande ampleur: les papiers de l'histoire font état de plus 50 000 cadavres haïtiens. Si la honte fut nationale, les victimes étaient recensées essentiellement dans la paysannerie pauvre. Les plus faibles ont toujours fait les frais dans l'histoire des classes dominantes haïtiennes, que ce soit lors des crises conjoncturelles qui sont une constante dans la vie politique du pays, que ce soit lors du passage des catastrophes naturelles. A notre époque, on en vient à inventer contre les masses des épidémies contagieuses, dont certaines ont pris la forme d'une pandémie inguérissable. Est alors apparue une conjoncture nouvelle qui faisait naître de nouveaux espoirs parmi le peuple, malgré le fait qu'elle se développa dans la douleur de l'occupation injuste et injustifiée des Yankees. Il se constate pourtant que les espoirs légitimes, dont cette conjoncture particulière était porteuse, ne se sont pas transformés, au grand dam des leaders communistes et progressistes qui se liguaient contre l'occupant impérialiste. Depuis lors, Haéti est entrée dans une situation de crise et d'insécurité permanentes: l'occupant est certes parti, mais il avait laissé une armée d'occupation qui assurerait la police de ses biens meubles-immeubles et de ses intérêts politiques; une ambassade dont les communiqués et déclarations ont force de loi, et une bourgeoisie usurière dont la spéculation est la seule théorie économique qu'elle connaisse. Ainsi, la domination américaine est complète sur le pays national. Aussi triste que cela paraisse, la conscience de l’élite intellectuelle n’est même pas interpellée par un tel phénomène, par une telle hégémonie contraignante pour ainsi dire. Elle reçoit les diktats dans la plus grande docilité et disponibilité qu’un esclave puisse se comporter envers son maître. On dirait même des époux dont l’amour se manifeste à sens unique: l'élite politico-intellectuelle représente l'épouse qui étale ses fesses et offre des cadeaux érotiques à Washington, l'époux, qui les lui refuse systématiquement. Ce qui est contraire à la loi générale qui veut que deux êtres qui s’aiment, se partagent l’amour réciproquement pour le bonheur du couple. Ce qu'il faut retenir dans ce second exemple, c'est que l'histoire a rarement vécu ces conjonctures nouvelles qui l'étonnent. L'instinct de conservation est peut-être la cause de la pénurie de ces situations nouvelles. En tout cas, l'auteur n'en recense que deux cas de cette nature dans la civilisation contemporaine: La Première Guerre mondiale impérialiste avait dû se terminer subrepticement et prématurément le 11 novembre 1918, et elle commença le 28 juillet 1914. La fin du conflit fut, dans une très large proportion, l'œuvre du camarade Lénine: dans les « Thèses d'avril », il préconisa la fraternisation des soldats russes sur le front et leur demanda de tourner leur fusil en direction du Palais d'Hiver où résida la famille impériale, notamment le tzar Nicolas II. De là, s'est formée une conjoncture nouvelle en pleine guerre impérialiste qui était déjà une nouvelle conjoncture dans les affaires du monde. Cet état de choses nouveau donna lieu à un processus révolutionnaire de type nouveau, qui devait culminer jusqu'au grand Octobre Rouge de 1917 en passant par l'abdication du tzar et à son assassinat le 22 mars 1917. Et ce fut la Première révolution prolétarienne réussie. Et cette conjoncture nouvelle, créée dans la foulée de la guerre des impérialistes, portait en germe la révolution des prolétaires, des masses laborieuses, des paysans pauvres et de la plèbe en général. C'est peut-être la raison pour laquelle l'impérialisme international s'érige en gendarme du monde, en vue d'éviter une éventuelle récidive. Mais qu'à cela ne tienne: quand les masses atteignent un fort degré de maturité de conscience politique, elles s'exploseront inexorablement. Le second cas est à chercher dans la résistance morale des paysans haïtiens sous la baguette de l'immortel camarade Jacques Roumain qui éleva en premier l'étendard au nom de la Patrie haïtienne, au nom du paysannat pauvre, au nom du prolétariat national et contre les forces occupantes. Un nom du communisme haïtien, qui est écrit en lettre d'or mais dont la bourgeoisie intellectuelle conservatrice choisit, au gré de sa nonchalance, de présenter comme un écrivain intellectuel, un poète, un romancier, un bel homme, etc.; tout en faisant adroitement abstraction de sa militance politique, de son appartenance à l'idéal marxien. Alors que l'immense œuvre du talentueux intellectuel transpire du communisme et de l'internationalisme prolétarien, de la première page jusqu'à la fin. En témoignent « Analyse Schématique 32 - 34, Gouverneur de la Rosée, Bois d'Ébène », qui sont des œuvres populaires de l'homme engagé que fut Jacques Roumain, du chantre de la révolution qu'il fut, et de l'homme, qui n'avait jamais renié ni abaissé ses origines africaines, qu'il est. Écoutons une de ses proses qui chantent son sentiment d'appartenance et son engagement au mouvement de l'internationalisme prolétarien: Afrique j'ai gardé ta mémoire Afrique Tu es en moi. Comme l'écharde dans la blessure Comme un fétiche tutélaire au centre du village Fais de moi la pierre de ta fronde De ma bouche les lèvres de ta plaie De mes genoux les colonnes brisées de ton abaissement... Pourtant je ne veux être que de votre race Ouvriers paysans de tous pays. Ce qui nous sépare: Les climats, l'étendue, l'espace, les mers. (Jacques Roumain, Bois d'Ébène) L'auteur se voudrait de dire que cette manière approximative de présenter la dimension plurielle du camarade Roumain est la forme classique de l'exercice de la dictature intellectuelle. C'est à partir de ces interprétations abracadabrantes que l'idéologie dominante s'est formée, émancipée et se développe. Pas seulement en Haïti, mais aussi elle s’exerce de manière continuelle dans la société bourgeoise à dominante mondiale. Notre jeunesse estudiantine a intérêt à pousser la recherche jusqu'à ses ultimes conséquences, et d’être capable de s’interroger sur certains concepts et thématiques connus mais émasculés dès lors qu’ils tombent des lèvres ou sous la plume des représentants de la bourgeoisie haïtienne, pour la plupart des figures éminentes de la littérature. Telle est l’attitude qu’il faut tenir ou adopter vis-à-vis des critères moraux existants, notamment celui de l’utilité sociale. Maintenant, il serait intéressant de voir comment une conjoncture peut naître localement à partir d'un accident mais qui peut tout aussi prendre un caractère international ou même mondial, dépendant de son ampleur. Elle deviendra en effet un phénomène à résonnance mondiale à partir de la propagande politique, dont le système de communication capitaliste est passé maître et sans rival. L’accident à la centrale nucléaire de Tchernobyl (26 avril 1986) avait créé une conjoncture qui devait recevoir à dessein une couverture planétaire: le plus simple commun des mortels peut longuement parler de cet incident: il sait parfaitement que Tchernobyl est une localité de Kiev, capitale de l’Ukraine qui était alors fédérée dans l’Union Soviétique, (une des 15 Républiques de l’URSS). Il connaît par cœur le bilan en perte de vies humaines: 30 victimes tuées au moment de l’accident, le nombre des personnes évacuées: 13 500, la magnitude: 7, la plus importante que l’industrie nucléaire ait jusqu’à présent enregistrée; le nombre de réacteurs composant l’infrastructure de la centrale, lequel ou lesquels avaient explosé: 4 réacteurs dont un seul affecté; sa puissance: 1 000 mégawatts = 1 000 000 000 de watts. Mais l’information essentiellement vitale que le simple d’esprit connaît en rapport avec l’évènement de Tchernobyl, c’est qu’il a appris que la présence des déchets radioactifs dans l’atmosphère ou dans l’espace entraîne indubitablement de l’irradiation, causale des malformations auxquelles nous voyons dans des villages ou mêmes dans des pays proches ou distants de l’épicentre: l’Ukraine, et donc l’Union Soviétique, l’Europe et peut-être l’Asie. Quoique la malformation congénitale ait toujours existé dans le monde des humains, phénomène que la science médicale explique très relativement parce que les partisans de la Création ne peuvent concevoir que Dieu puisse créer un être à son image qui soit handicapé physique ou psychique, ce qui est d’ailleurs inconcevable. Mais l’accident de Tchernobyl semble fournir à la science un bon alibi, en attendant qu’elle poursuive ses recherches pour en déterminer les vraies causes. La science bégaie rarement, particulièrement sur la question de Dieu unique. Nous avons donc voulu démontrer comment la propagande sert utilement à la dictature intellectuelle, particulièrement à celles et à ceux qui l’exercent dans le cadre des intérêts capitalistes: il ne faut jamais l’oublier que cet évènement nucléaire a eu lieu sous la guerre froide imposée dès lors que le Premier ministre britannique Winston Churchill inaugura le concept « Rideau de fer » en mars 1946 à New York, aux Etats-Unis d’Amérique. Il faisait alors allusion à la Russie soviétique qui avait reçu l’appui des pays de l’Orient et du centre de l’Europe, qui, selon lui, allait constituer le plus grand leadership du monde. Toujours selon lui, l’Union soviétique devait exercer un pouvoir totalitaire, qu’elle aurait considéré le reste du monde comme des mineurs et qu’elle aurait alors érigé un mur devant ses portes ainsi que les pays idéologiquement liés à elle. Que l’Amérique devait assumer son rôle de leader comme chef de file des rapports de force occidentale, en maintenant sa rivale dans ses frontières étanches. Mais quand on regarde les papiers de l’histoire, l’URSS est la plus grande victorieuse de la guerre mondiale de 1939 – 1945. Et comment pouvait-elle se hasarder de fermer ses portes au nez du reste du monde dont elle voudrait obtenir la sympathie et conquérir le cœur? Autant dire que personne ne veut pactiser avec les vaincus. En tout cas pour l’auteur anticonformiste que nous sommes, ces inventions et créations imaginaires ne concernent que leurs auteurs. Ce dont il s’agit réellement après cette guerre impérialiste que le fasciste Hitler en fut le maître d’œuvre, c’est que l’Amérique septentrionale et ses alliés occidentaux avaient fini par rendre la Russie Soviétique inopérante; c’est-à-dire que l’humanité a eu droit d’assister à une forteresse enchaînée. Cette perception est, selon nous, plus proche de la vérité: car, avec cette grande victoire, l’Union Soviétique aurait pu changer l’ordre des choses. La démocratie, comme la civilisation, est telle au pays des dindes divines (Thinksgiving: tradition coloniale américaine) que le gouvernement de Washington n’éprouve jusqu’à date pas le besoin de se doter d’un organe officiel comme cela existe dans les États alliés. Mais l’ensemble des consortiums médiatiques US est unanime à reconnaître et à défendre les valeurs et la démocratie américaines: une garantie à la porte, sinon qu’un blanc-seing accordé à l’administration qui peut alors prendre des décisions qui lui plaisent. Si la presse américaine accuse la Pravda (organe officiel du PCUS, donc du gouvernement soviétique) de désinformation lors de la catastrophe nucléaire survenue en avril 1986, elle s’était imposée l’omerta ou s’autocensurait dans l’accident de Three Mile Island (TMI: Pennsylvanie/nord-est des États-Unis), qui eut lieu le 28 mars 1979. Ce n’est pas seulement le simple d’esprit au monde qui n’était pas informé de la chose maintenue secrète, mais aussi les Docteurs honoris causa (Dr.c.h) qui peuplent la littérature bourgeoise, la littérature universelle pour ainsi dire. Il a fallu 30 ans durant (1979 – 2009) avant que certains documents gardés secrets soient enfin déclassés, que le simple citoyen universel puisse prendre connaissance de ce qui se passait dans le Guignol de l’industrie nucléaire américaine. Il ne serait pas superflu de considérer Three Mile Island comme un évènement inaugural des catastrophes nucléaires jusqu’à Fukushima/Japon, mars 2011: Un accident déclenché après un séisme de magnitude 9, d’après les rapports des autorités météorologiques et nucléaires nippones. En guise de présentation technique de l’accident comme l’avait fait le simple d’esprit dans le cas de Tchernobyl, votre fidèle serviteur vous propose le propos d’un scientifique américain qui fut appelé par l’agence gérante (Metropolitan Edison) de la centrale en vue d’évaluer la radioactivité dans la périphérie de la catastrophe et au-delà: « Ce qui s’est passé à Three Mile Island est bien plus grave que tout ce qui a été prétendu jusqu’à ce jour. Mille fois plus grave que tout ce qu’on vous a raconté. Les points de contrôle et les mesures de sécurité qui ont été mis en place, s’appuient sur les constatations faites lors de l’accident de TMI. Mais comme les conséquences de l’accident ont été sous-estimées, les mesures de sécurité en vigueur aujourd’hui sont faussées et risquent d’aggraver encore une future catastrophe. » Source: site http://www.alterinfo.net Texte: L’histoire secrète de la catastrophe nucléaire de Three Mile Island. Paru le 28 avril 2009. Auteur: Gregor Seither (IES News), qui cite le médecin Randall Thompson qui est expert en médecine et spécialisé dans les pathologies liées aux radiations. Monsieur Randall Thompson était, à l’époque, perçu dans les milieux industriels et politiques comme un oiseau de mauvais augure. Il fut l’objet de pression et d’intimidation pour avoir voulu publier certaines phases de son enquête: un individu, dont il ignore ses origines, l’avait rencontré dans un supermarché et lui a dit de foutre le camp d’ici [Pennsylvanie] au risque d’être assassinés, lui et sa femme. Tout cela se passait ou se passe dans la société la plus démocratique au monde, dont s’en vantent les perroquets d’ici et d’ailleurs. Mais l’histoire est là et s’écrit en direct ou en temps utile. Si le nucléaire est très jeune dans l’histoire, il fait figure déjà de chasse gardée des grands États de la planète. Attitude qui est susceptible de provoquer des crises dans le système comme c’est le cas dans l’exploitation massive de l’énergie fossile, dont le prix sur le marché international varie selon la politique des magnats du pétrole et dont la source est appelée à tarir inéluctablement. Le recours à l’énergie renouvelable, tant souhaitée par plus d’un, ne fait pas bonne recette auprès des grandes industries pétrolifères qui s’engagent dans le processus de prospection, d’exploitation, de production et de la mise des produits à la disposition des consommateurs. Bien que les industriels sachent mieux que quiconque la Roche fossile, après son utilisation ou sa disparition, aura peut-être besoin le même temps fossile avant qu’elle ne réapparaisse. Des investissements et placements colossaux ont déjà été consentis par les détenteurs du grand capital dans le cadre de l’exploitation du pétrole et de ses onéreux dérivés; donc malgré la pertinence de la perspective des énergies renouvelables, l’humanité doit encore souffrir ou payer de patience. Voilà ici des réflexions auxquelles une élite devrait se pencher, car il y va de l’avenir de la civilisation elle-même. Mais il semble que la conscience intellectuelle internationale s’éteigne ou s’endorme depuis la bataille de longue haleine qu’il avait menée contre la révolution prolétarienne russe jusqu’à la désintégration de l’URSS, bastion de la révolution des plus faibles, des exploités, des opprimés et de la plèbe en général. Ses forces sont dissipées, elle a donc besoin du sommeil pour se refaire une santé physique. Néanmoins, elle s’endort éperdument dans un monde moderne régi par un unilatéralisme sans précédent dans toute l’histoire de l’espèce humaine. Qu’un Dessalines surgisse!, lui qui a combattu et vaincu le colonialisme occidental dans sa pointe la plus sauvage, l’esclavage. Qu’un Marx surgisse!, lui qui a défié toute la philosophie bourgeoise y compris son Église. Qu’un Anténor Firmin surgisse!, lui qui a cloué au pilori le racisme occidental ainsi que son pseudo scientifique Joseph de Gobineau. Qu’un Sartre (Jean-Paul) surgisse!, lui qui a eu le courage de refuser le Prix Nobel de la littérature (1964) à cause, bien sûr, de l’hypocrisie de l’Institution basée à Oslo/Norvège. Ce Comité décerne le Prix Nobel de la Paix à certaines personnalités qui ne le méritent pas, même dans un songe prémonitoire elles n’auraient pas été sélectionnées. Lech Walesa, un chef de syndicat patronal, en est un. George Bush père, un chef et criminel de guerre qui aurait dû être jugé pour crime contre l’humanité, en est un autre. Pape Jean-Paul II, chef de la société civile moderne qui avait fait de l’électricien Lech Walesa une célébrité dans la lutte anticommuniste et anti-ouvrier, lui, est canonisé saint pour la gloire de la bourgeoisie mondiale. Et ainsi de suite. En guise de conclusion, l’auteur a envie de dire que l’Haïtien instruit, éduqué et formé est si éloigné des réalités haïtiennes qu’il n’arrive pas à lire la nature séculaire de la crise nationale, dont les crises conjoncturelles en sont symptomatiques. La crise systémique, ouverte avec l’assassinat de Dessalines, ne se résoudra pas comme un coup de baguette magique ou comme un cadeau du ciel de la Providence; mais, dans le cadre de la construction de l’édifice national, chacun apporte sa pierre selon sa conscience et sa conception de l’État. Les reproches et critiques qu’on adresse à tel ou tel élément des classes dirigeantes n’ont aucun effet sur la psychologie de la grande masse du peuple: sauf que les macoutes et les polices rurales ne sont plus là pour lui voler ses biens, ses denrées, pour violer ses filles qui avaient encore l’hymen avant le kadejak. Elle souhaite bien qu’on fasse quelque chose dans ses conditions de vie; mais, si ce n’est pas le cas, il s’en moque puisque les services sociaux de base lui ont toujours été refusés par ses élites. Et pourtant le paysan pauvre, l’âme nationale, continue à vivre. C’est-à-dire que la lutte politique qui se mène sur le terrain, c’est pour lui l’affaire des éléments d’une même classe qui se disputent la première chaise ou le premier fauteuil de l’État. Dans cette conjoncture nationale, qui prend effet à partir de l’élection du candidat Joseph Martelly à la première magistrature de l’État, le 20 mars 2011: une crise larvée tout aussi fabriquée, la masse des laissés-pour-compte n’est pas impliquée. Dans un acte d’impuissance, l’Haïtien instruit, éduqué et formé a prédit une catastrophe politique, un tsunami ou un chaos total à la date butoir du 12 janvier 2015. Ce qui n’est pas prouvé et qui ne saurait l’être: car partir des hypothèses fausses, on aboutit inévitablement à des résultats faux. Mais il arrive que l’universitaire et politique haïtien compare les conditions présentes avec celles de 1915, ce qui est une invite voilée à la main secourable de Washington comme ce fut le cas dans la crise des gouvernements éphémères du début du siècle dernier jusqu’à l’occupation du sol national. L’auteur a aussi envie de dire: concevoir l’État, l’avenir du pays national de cette manière désinvolte et déloyale ne peut être considéré que comme un aveu d’impuissance: donc un processus de désaffectation citoyenne. Pour finir, d’un un autre côté de la faiblesse de l’intelligence haïtienne, notre histoire de peuple est écrite et racontée avec des conjectures qui ne reposent que sur des faits superficiels, pour l’essentiel. Si l’exercice de la science historique est porteur de facteurs d’émancipation et de civilisation, elle [élite] se situe bien en-deçà. Il nous semble qu’elle se contente d’être toujours à la merci de l’international à qui elle quémande historiquement l’assistanat, la tutelle ou le protectorat sans payer, pourvu que l’Étranger soit là et pour qui elle a une admiration excessive. Que l’idole ou l’admiré en fait très peu de cas dans toute son histoire comme élite. Décevant, hein! Voici une lecture de Saint-Rémy des Cayes au sujet de la guerre civile du Sud qui opposa Rigaud à Toussaint, mais qui écrit dans un pays libre, indépendant et souverain, soit Haïti: « Quoi qu’il en soit, Rigaud était sur le terrain du bon droit, parce qu’il défendait la cause de la métropole, en protestant contre un système antirévolutionnaire dont la tendance évidente était l’indépendance de l’île; aussi les bons citoyens noirs et jaunes du Nord, de l’Ouest et du Sud, faisaient des vœux pour le triomphe de Rigaud, sans oser cependant se prononcer. Le terrain de la France, de ses principes, sur lequel se plaçait Rigaud en présence de l’Ouverture, qui au contraire renvoyait honteusement les représentants de la métropole et accueillait les Anglais et les émigrés, devait nécessairement rallier à Rigaud tous les hommes intelligents. », lisant le livre de Saint-Rémy (des Cayes, Haiti) « Vie de Toussaint-L’Ouverture ». Tandis que: « Lamartine a dit de Toussaint Louverture: « Cet homme est une nation ». Cette parole est vraie autant qu’elle est belle. La race qui a produit un tel homme ne peut être considérée comme une race inférieure. », lisant Vie de Toussaint Louverture de l’auteur Victor Schoelcher. Jean-Marie Beaudouin; Janvier 2015; coifopcha@yahoo.fr