La grève de deux jours lancée par des syndicats de transporteurs et des acteurs politiques n’a pas atteint son but : le gouvernement haïtien n’a pas baissé d’un centime le prix du carburant. La grève de deux jours lancée par des syndicats de transporteurs et des acteurs politiques a atteint son but : dans la région métropolitaine, les gens n’ont pas vaqué à leurs occupations habituelles. Chaque camp peut donc crier victoire. A l’haïtienne. La grève a été respectée. Le gouvernement n’a pas cédé. Et la vie va reprendre en attendant le prochain soubresaut. On pourra chercher pendant des années les raisons profondes, les causes réelles, les motivations cachées de la réussite du mouvement ou de l’incapacité de l’Etat à faire encore un geste supplémentaire sur le prix du pétrole. Peine perdue. La grève comme le prix de l’essence en Haïti ne sont plus des affaires rationnelles. La demande de grève est politique. Le gouvernement ne peut pas lui-même creuser sa tombe. Avec force menaces, la grève a réussi. Avec force distribution d’enveloppes chargées, on a réuni la foule mardi au bas de Delmas. Si l'opposition n'a pas de programme ni de leader pour aller plus loin, le gouvernement, avec tous les moyens en main, n'a pas pu rassurer la population. Plus que la peur, c'est le manque de confiance en l'Etat Martelly-Paul qui était flagrant ces deux derniers jours. Le silence des partis politiques, du secteur privé, de la société civile aussi nous ont étalé le dénuement de tous. Nou toutouni, comme le dit si bien le carnaval de BC. Chacun veut nous faire croire qu’il est le plus fort. Tout indique que l’année 2015 sera difficile. Economiquement. Politiquement. Socialement. Pendant que la grève nous occupe, les mêmes acteurs qui ont foiré les élections de 2010 se mettent à nouveau ensemble pour faire main basse sur l’argent des élections et pour contrôler le processus électoral. Personne, ni l’ONU, ni l’OEA, ni les acteurs politiques, ni le CEP formé par les mêmes secteurs qu'en 2010, n’a promis de faire mieux que la dernière fois. Les acteurs n’ont même pas juré de ne pas reproduire les mêmes erreurs, comme le leur suggère Ricardo Seitenfus. Les élections arrivent et nous sommes toutouni. La grève s’achève et nous sommes toutouni.