Port-au-Prince accueille dès ce dimanche le carnaval national, la plus grande fête populaire du pays. Au Champ de Mars, l’architecture du stand présidentiel avec ses coupoles rappelle un peu le palais national emporté par le séisme de 2010. On s’active jour et nuit pour que tout soit prêt à temps. Visiblement, on ne lésine pas sur les moyens quand il s’agit d’organiser le carnaval. Depuis quelque temps, les autorités disent haut et fort que la grande partie du budget des activités carnavalesques est founie par le secteur privé. Ce que les faits contredisent très souvent. Selon la ministre de la Culture, le gouvernement a mobilisé 80 millions de gourdes pour les festivités. Le budget du carnaval national est de 143 millions de gourdes. Ne demandez pas des détails, c’est une question qui fâche généralement.
Le carnaval n’est pas une question de classes sociales. Il est évident que des gens de différents secteurs attendent impatiemment ce grand moment de réjouissances depuis plusieurs mois. Port-au-Prince l’attend depuis trois ans. Que ce soit le musicien, le charpentier, le petit marchand, des membres ou des proches du pouvoir, des entrepreneurs de tout acabit, ou, bien sûr, le fêtard…chacun tire un certain profit ou éprouve un intérêt particulier. Ce même fêtard qui manifestait hier pour de meilleures conditions de vie, pour baisser les prix de l’essence ou pour réclamer le départ du président de la République. Ce fêtard, qui ne rate jamais une manifestation contre le pouvoir, dansera, sans doute, pendant les trois jours gras pour apaiser sa colère, sa frustration. On danse ensemble notre carnaval national, on règle les comptes après.
Cette période carnavalesque est la bienvenue pour le pouvoir, pour Port-au-Prince qui traverse une zone de turbulences depuis plusieurs mois. Malgré des tête-à-tête des syndicats avec le ministre de l’Education nationale, tout n’est pas rose. Un calme apparent. Malgré des efforts consentis dans le secteur, les syndicats d’enseignants ne cessent de brandir des menaces de grève. Une partie de l’opposition politique continue de gagner les rues contre le pouvoir.
Par ailleurs, la baisse des prix des produits pétroliers (de plus de 50%) sur le marché national divise ici. Pourquoi ? Vous le savez déjà. Le gouvernement ne s’est pas mis aux normes. En conséquence : trois journées de grève. De la casse. Des pertes. Le journalier en fait les frais.
Le livre du carnaval national s’ouvre ce dimanche 15 février au lendemain de la Saint-Valentin. Il sera vite fermé dès mercredi pour rouvrir celui de la réalité sociale. Cette population dont les ONG et les étrangers ne cessent de vanter la « résilience » n’attend que le coup d’envoi du carnaval pour danser ses méringues préférées, dont certaines mettent à nu les problèmes sociopolitiques du pays. Que tout le monde danse sans violence !
Bon carnaval à tous !
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