Après une longue éclipse, le magazine «Inferno» redescend dans l’arène. Fondé en décembre 1983 par trois étudiants en architecture à l’université GOC mais ayant des dispositions d’écriture : Ernst Ariot, Frantz Balthazar et Gérald Compère, la revue a mené le bon combat pour voir la dictature d’alors chuter le 7 février 1986. (La mémoire de ces jeunes hommes de presse n’évacue toujours pas la séance musclée d’interrogatoire, subi aux casernes Dessalines et mené par le tristement célèbre colonel Albert Pierre, le 18 juin 1984. A leur libération, le directeur de la publication, Gérald Compère s’écriait dans un numéro de circonstance : «… je considère notre arrestation comme une initiation à la politique de mon pays.») Puis, la revue s’est lancée dans l’accompagnement du vaste chantier de la démocratisation et d’institutionnalisation avec des fortunes diverses. L’objectif est invariable : informer et former.
Ayant lors son bureau au 46, rue des Casernes, la revue «Inferno» cohabite avec d’autres titres tels que «L’information» de Pierre-Robert Auguste et «Le Nouvel Informateur», fondé par feu Céramé Guerrier, un proche collaborateur de «Inferno» et repris aujourd’hui par le dynamique Jean-Robert Joachim. Dans la période tumultueuse des premières années de la décennie 1990, «Inferno» poursuit son travail. Les temps sont difficiles, le travailleur de presse est comme sur la corde raide. Coincé entre les dérives du populisme de gauche et les injonctions du pouvoir militaire. Au début du règne de Préval I, c’est l’interruption. Est-ce dû à la lassitude du public des lecteurs ? En tout cas, après la floraison de titres tels que «Balance», «Le Rouleau», s’observe un retournement. Ce n’est plus l’âge d’or. Plutôt le temps des vaches maigres. Les difficultés financières y sont pour beaucoup, malgré que chez l’imprimeur II (où la plupart de ces organes sont mis sous presse) les coûts sont bas et les facilités de paiement non contraignantes.
Il y a également l’arrivée de certains directeurs de ces magazines à des postes importants dans l’administration et la fonction publiques. Résultat : la neutralité requise ne pouvant plus être observée, c’est la dispersion chez les collaborateurs. Il conviendrait pour les chercheurs tels que le professeur Hérold Toussaint d’initier un travail sur l’histoire de la floraison de la presse militante dans l’immédiat après-7 février 1986. Le résultat de cette recherche académique serait bénéfique, en ce sens que le grand public serait trop heureux d’être fixé sur les motivations et l’effort décuplé de ces «croisés de l’information». Surtout sur la raison de l’éphémérité de tant d’initiatives éditoriales.
En tout cas, à côté de «Le Rouleau» qui a survécu dans la période tumultueuse de la longue transition démocratique, «Inferno» reprend sa place dans le paysage démocratique ; Gérald Compère, le directeur fondateur, avoue qu’il a toujours été sur la brèche. Immédiatement après l’élection de M. Barack Obama à la présidence en novembre 2008, il avait concocté avec l’aide de l’auteur de ces lignes un numéro spécial sur l’événement. Malheureusement, la sortie ne s’est pas faite.
En ce début d’année 2015, dans une conjecture encore tendue, «Inferno» couvre et commente l’actualité. Elle prend position et accorde une grande place à l’information communautaire. Aussi la direction serait-elle heureuse de recevoir les doléances des résidents de quartiers pour les relayer aux décideurs afin que le visage de la région métropolitaine redevienne beau.
Initialement paru en bandes dessinées et ne renonçant pas tout à fait à cette vision satirique, la couverture sera toujours rehaussée d’un dessein, d’une caricature. Essentiellement, poursuit dans l’investigation comme pour traquer la vérité, souvent sous le boisseau. Nous souhaitons bonne route à «Inferno», sa nouvelle et plus commode appellation.
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