Est-il si loin le temps des photos joyeuses de Michel Martelly, président d’Haïti, prenant, pour un oui ou pour un non, un hélicoptère pour aller rencontrer ses homologues dominicains Leonel Fernandez ou Danillo Medina ? Est-il si loin le temps des sourires et de la bonne entente, des parades sur le tapis rouge des palais de Santo Domingo et dans les salons des clubs huppés entre officiels des deux pays et hommes d’affaires? Est-il si loin le temps où le président d’Haïti s’offrait en spectacle aux côtés de Julio Iglesias dans un tour de chants chez nos voisins ? Est-il fini ce temps… ? Aujourd’hui, quand les problèmes surviennent, quand un Haïtien est pendu sur une place publique en République dominicaine, quand les rapatriements augmentent, quand la loi sur la nationalité s’applique de l’autre côté de la frontière, quand nous ne savons comment faire pour retenir nos compatriotes sur notre sol ou pour les munir de pièces d’identité en bonne et due forme, il n’y a plus ni hélicoptère, ni téléphone, ni rencontre, ni recherche d’un point d’entente ou d’un couloir de communication. Le président d’Haïti comme celui de la République dominicaine font la sourde oreille. Les hommes d’affaires, qui ont découpé copieux contrats léonins et exportations juteuses sur le dos du pays le plus pauvre de l’hémisphère, s’évanouissent dans la nature. Les peuples des deux ailes du même oiseau ne regardent plus dans la même direction. Notre président ne dit rien. La haine cherche ses grands chevaux. Notre président ne dit rien. Les nuages s’amoncellent. Notre président ne dit rien. Ce mercredi, on marche à Port-au-Prince pour promouvoir le vivre-ensemble sur l’île. Notre président ne dit rien. Bien entendu, rien n’est simple dans les relations entre Haïti et son plus proche voisin, la République dominicaine. La précipitation et l’approximation dans l’analyse de chaque nouvelle, de chaque rumeur, de chaque malaise sont à éviter. Prêcher l’apaisement et la recherche du compromis raisonnable demeurent les meilleurs remèdes à chaque fois que les relations de ce couple se détériorent. Mais faut-il bien que le président de la République, son gouvernement, ses ministres, ses porte-paroles se fassent pasteurs. Faut-il bien que ceux d’en face jouent le jeu. Que nous les y invitions s’ils rechignent à s’y mettre tout seuls. Le silence nourrit le malaise. La gêne nous gêne. Trop de non-dits s’accumulent dans nos relations avec nos voisins. Il y a les petits irritants de l’actualité, ce procès d’un financier dominicain de la classe politique haïtienne tous bords confondus et ces contrats inachevés restés en travers de nos gorges, entourés de tôles rouges, comme des hameçons. Il y a un trop-plein qu’il faut gérer, Monsieur le président. Haïti et la République dominicaine peuvent tout tenter, sauf la séparation avec torts partagés. Vieux frères siamois, nous ne pouvons que nous accommoder l’un et l’autre des défauts de l’autre. Pour cela, il faut un leadership responsable. Choisissez d’être aux côtés des Haïtiens, Monsieur le président !