La marche réalisée mercredi par des organisations de la société civile, en signe de mécontentement à l’acte barbare perpétré par des Dominicains xénophobes, le 11 février en cours à Santiago, sur la personne de Claude Jean Harry, a suscité un vif émoi au sein de la population haïtienne. Ecoliers, étudiants, chômeurs, travailleurs, hommes d’affaires et leaders politiques ont condamné par cette marche la lâche pendaison d’un compatriote qui ne recherchait qu’une vie meilleure de l’autre côté de la frontière. Les réactions de nos compatriotes, les unes plus révoltantes que les autres à travers les réseaux sociaux, laissent croire que nous pouvons, par-delà nos divergences profondes, constituer encore une nation.
Dix-sept mois après le scandale international provoqué par l’arrêt 168-13 du tribunal constitutionnel de la République dominicaine, rendant apatrides plusieurs centaines de milliers de Dominicains d’origine haïtienne, le pays de Juan Bosh porte encore un nouveau coup au pays de Dessalines. Quand ce n’est pas l’Etat dominicain qui agit, c’est un groupe raciste qui crache sa haine sur la personne d’un ressortissant haïtien et vice versa. Les atrocités sur les ressortissants haïtiens vont continuer en République dominicaine, quelle que soit la contestation du gouvernement haïtien.
L’exode massif de nos compatriotes en République dominicaine, aux Bahamas, au Brésil, aux Iles Turques, en Amérique du Nord et dans d’autres pays du monde est la résultante de l'échec de la gouvernance du pays pendant ces cinquante dernières années. L’humiliation de nos compatriotes va continuer un peu partout à travers le monde s’il n’y a pas un véritable consensus à travers une mobilisation de la conscience citoyenne sur la nouvelle façon de concevoir la gestion du pays.
Pendant ces vingt-quatre dernières années, trois présidents ont été élus sans aucune vision de l’Etat, sans projet de société et deux d’entre eux sans aucune expérience politique et administrative avant d’accéder à la magistrature suprême. Aucun gouvernement haïtien depuis 1991 n’a défini une politique économique, n’a créé les conditions pour attirer l’investissement étranger, n’a réformé l’éducation, n’a défini une politique agricole, n’a préparé les voies et moyens pour l’émergence d’une société moderne. Il n’est pas un secret qu’au moment où plusieurs milliers d’Haïtiens déambulaient à travers les rues pour protester contre la barbarie dominicaine, d’autres Haïtiens, pour la plupart de pauvres agriculteurs, traversaient la frontière à la recherche d’emplois saisonniers pour éviter de crever de faim.
Les organisations de la société civile ont intérêt à continuer à sensibiliser la population, mobiliser les consciences et rassembler les énergies afin de débattre de la crise de gouvernance d’Haïti dans toutes ses dimensions pour qu’enfin surgisse un sursaut national. Si les forces vives de la nation continuent de rester les bras croisés, un nouveau populiste de droite ou de gauche sans vision peut émerger et plonger le pays dans un nouveau quinquennat comme celui de Martelly avec des programmes bidon de style EDE PEP, Ti Manman cheri, Kore peyizan qui ne peuvent qu’enfoncer le pays dans le sous-développement avec comme conséquence un nouvel exode massif de nos paysans dans tous les pays de la région.
Lemoine Bonneau
lbonneau@lenouvelliste.com
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