L’expert indépendant des Nations unies pour Haïti, Gustavo Gallon, a bouclé mercredi sa mission en Haïti sur la situation des droits de l’homme. La détention préventive prolongée, la surpopulation carcérale, l’absence d’élections et l’extrême vulnérabilité des personnes vivant encore sous les tentes constituent aux yeux de ce juriste des problèmes récurrents auxquels le gouvernement devrait pouvoir s’atteler à trouver des solutions. L’expert indépendant, qui est à sa deuxième mission en Haïti sur la question des droits de l’homme, s’étonne de l’aggravation de la situation dans le pays huit mois après sa première mission. Depuis plus de dix ans, la section des droits de l’homme de l’Organisation des Nations unies dépêche régulièrement un expert pour s’assurer du respect des droits de l’homme en Haïti. De Louis Joinet, en passant par Michel Forst pour aboutir à Gustavo Gallon, les experts ont toujours mis l’accent sur les mêmes difficultés depuis bien des temps. Surpopulation carcérale et détention préventive prolongée figurent dans tous les rapports de ces experts venus en Haïti sur la question des droits de l’homme. Ces rapports, qui sont toujours soumis aux membres du Conseil des droits de l’homme de l’organisation mondiale, parviennent toujours au gouvernement haïtien à travers le ministre de la justice. Ce qui semble vouloir dire que tous les ministres de la Justice qui se sont succédé pendant ces vingt dernières années obtiennent régulièrement ces rapports. Il va sans dire que rien n’a été fait pour résoudre le problème de la détention préventive prolongée dans les prisons civiles du pays. Les organisations de droits humains telles que le Réseau national de défense des droits humains et Justice et Paix n’ont jamais raté l’occasion de dénoncer la surpopulation carcérale et les conditions infrahumaines dans lesquelles végètent les détenus de ces prisons. Voici un cas qui pourrait paraître absurde, mais qui rentre dans le fonctionnement normal du cadre institutionnel haïtien. Quand on parle de mauvaise gouvernance en Haïti depuis une vingtaine d’années, on se réfère à ces méthodes désuètes pour expliquer la gestion exécrable des différents gouvernements qui ont toujours promis une justice saine à travers une réforme judiciaire qui n’a pas encore vu le jour. Les différents chefs de l’Etat, qui ont été élus pendant ces vingt dernières années, sont bien imbus de la situation lamentable des prisons du pays. Mais ce n’est pas leur priorité. Tous les chefs de gouvernement qui ont dirigé la Primature connaissent la réalité carcérale du pays de la même façon que les experts de l’Onu. Mais ils s’arrangent le plus souvent à faire libérer des proches du pouvoir en élargissant des détenus incarcérés pour des délits mineurs. Les observateurs suivent de près l’opération Coup de poing déclenchée par l’actuel ministre de la Justice pour trouver une solution aux problèmes complexes de la détention préventive prolongée. Pierre-Richard Casimir va-t-il profiter de cette opération pour faire libérer des détenus dangereux proches du pouvoir, comme le président l'avait fait en décembre dernier au moyen de la grâce présidentielle ou va-t-il jeter les bases d'une solution durable à ce problème ? Lemoine Bonneau lbonneau@lenouvelliste.com