S’il y a un secteur qui sera durement éprouvé par l’éventuel rapatriement massif des Haïtiens en situation irrégulière en République dominicaine, ce sera le secteur de la construction. Et les tenants de ce secteur ont tenu à le faire savoir haut et fort aux dirigeants dominicains. Fermin Acosta, président de la corporation, a qualifié de « sophisme et de rêve » la prétention des autorités de son pays d’expulser tous les Haïtiens.
Selon ses estimations, entre 260 000 et 270 000 sans-papiers haïtiens travaillent dans le secteur de la construction et la situation irrégulière de ces ouvriers est une question d’État. « Elle ne relève pas du ressort du secteur de la construction », a précisé Fermin Acosta, en réponse aux propos du député de la Force nationale progressiste (FNP), Vinicio Castillo Semàn. Ce dernier, en effet, exhortait les membres d’ACOPROVI à venir en aide aux sans-papiers haïtiens en les inscrivant au Plan national de régulation des étrangers qui arrive à expiration d’ici fin juin prochain.
Castillo a communiqué son intention de soumettre, dans les prochains jours, une proposition de loi demandant à l’État dominicain de veiller à ce que dans les travaux publics la loi protège le travailleur dominicain et que la main-d’œuvre étrangère soit légale. Il a ensuite plaidé auprès des constructeurs privés afin que ces derniers aident les travailleurs haïtiens afin d’empêcher leur déportation.
« Les universités privées doivent multiplier les cours techniques visant à renforcer la capacité de la main-d’œuvre dominicaine en matière de construction », a affirmé le parlementaire.
Par ailleurs, Hector Breton, actuel président d’ACOPROVI, a rejeté l’idée selon laquelle l’existence de plus d’Haïtiens travaillant dans la construction que de Dominicains serait la principale cause du bas salaire que perçoivent les ouvriers de ce secteur. Selon ses dires, la main-d’œuvre étrangère n’est pas du tout bon marché et le salaire de 550 pesos par jour est versé à tous les ouvriers, qu’ils soient dominicains ou pas.
Pour Castillo, il est inconcevable que l’Etat dominicain continue à dépenser des sommes astronomiques dans le secteur de la construction et que les emplois de ce secteur ne profitent pas aux milliers de Dominicains sans emploi de sorte que ces derniers puissent gagner dignement leur vie. Les constructeurs doivent prendre conscience de cet état de fait en contribuant au processus de régularisation des illégaux et au respect du pourcentage 80-20 fixé par le code du travail dominicain pour le secteur de la construction.
En 2010, un livre publié par deux organisations de la société civile dominicaine, soutenues par la Compagnie de Jésus et intitulé : «Statut et contributions de la main-d’œuvre d'origine haïtienne à l'économie dominicaine », avait déjà initié le débat. A l’époque, cet ouvrage faisait remarquer que « des secteurs très dynamiques de l'économie [dominicaine] n’existent pas sans la main-d'œuvre haïtienne et qu'un pourcentage élevé du PIB est réalisé grâce au travail des immigrés haïtiens ».
Tout en démontrant le manque de volonté politique et l'inefficacité du gouvernement dominicain dans le processus de régularisation des immigrés, les auteurs ont recommandé aux autorités d'établir des mécanismes pour réglementer la présence de milliers de travailleurs migrants haïtiens résidant en République dominicaine.
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