Nous jugeons insensés tous ceux-là qui posent les questions essentielles, et nous tournons le dos à tous les esprits vraiment lucides qui nous orientent vers des réponses cardinales à notre déchéance nationale. Aux quatre coins du corps social, le ‘’comme si’’ (faire comme si) s’est imposé depuis plus de vingt-cinq ans. Hélas! Une très écrasante majorité de nos élites — toutes les élites confondues — se comporte comme si elle avait définitivement signé sa démission ; tandis que la fraction restante semble manquer d’audace, de courage et d’imagination créatrice. Tant et si vrai qu’on risque, de temps à autre, d’oublier que cette terre si féconde en génies intellectuels et/ou patriotes a vu grandir et s’épanouir des étoiles de première grandeur comme Louis Joseph Janvier, Joseph Anténor Firmin et Jean Price-Mars : comment appeler ma république ? Quelle république sommes-nous aujourd’hui ? Ne sommes-nous pas devenus un pays désétatisé depuis 1990? N’avons-nous pas renoncé à notre histoire et à notre image de peuple-phare, de peuple héroïque, de peuple leader de la Liberté et de l’Indépendance ? Les animateurs de l’âme nationale. Avant même que ne surgissent les réponses du fond de notre pensée, le temps se fait gravissime et tout indique que notre respiration a changé de rythme… Nous sommes à la croisée des chemins depuis de longues années et nous refusons d’y penser. Nous affichons une incroyable propension à nous dépenser et à nous investir dans toutes sortes de démarches et/ou d’entreprises abracadabrantes mais nous ne trouvons pas une minute pleine pour interroger notre conscience. À l’opposé de notre refus de la crasse, tous ceux qui s’avisent d'initier une véritable animation de l’âme nationale sont classés comme des fous ou encore comme des «esprits non pragmatiques», quand ils ne sont pas tout simplement rangés sous l’épithète d’original… Vous avez compris ? Un original est une ‘’espèce’’ d’homme qui n’a pas les deux pieds sur terre : c’est un ‘’rêveur’’, pas dans le sens noble du terme ! Le rendez-vous des grandes familles Ne posez pas la question « Comment va ma république ? » Elle suscite trop de tristesse. Elle réveille des cauchemars au fond de notre mental. Elle est susceptible d’annihiler le peu de joie qui nous reste au milieu de tant de cendres noirâtres. Mais la conscience a la tête dure. Elle récidive : «Comment appeler ma république ? », répète-t-elle. C’est qu’elle se souvient quand même des conditions exceptionnellement riches dans lesquelles la république d’Ayiti est née. Ensuite, c’est que l’Histoire ne s’est pas tue et n’arrête pas d’interpeler une certaine jeunesse de même que certains héritiers de nos gloires et de l’Honneur national. On dit qu’il n’appartient qu’aux grandes familles de sauver un pays aux moments les plus désespérés ou les plus critiques. Le penseur-philosophe évoque naturellement les héritiers des grandes lumières, des grandes intelligences, des convictions éminemment remarquables sur lesquelles se fondent et se perpétuent les nations autant en Orient qu’en Occident. La petite lampe de la conscience… L’importance de la question se mesure à l’impact produit sur la petite lumière qui gît au fond de chacun de nous,même quand les vagues de la folie furieuse semblent occuper toute notre psychologie. Est-ce Aristote ? Est-ce Socrate ou Victor Hugo ? Lequel a cru que notre être ne peut demeurer indifférent quand une interrogation s’adresse à la petite lampe de notre conscience ? Si notre république a changé de nom pour en adopter un autre, pire que celui des violeurs de la Patrie, cela ne peut nous laisser de marbre. Nous ne pouvons feindre pendant longtemps que nous mangeons et dormons sans nous inquiéter de rien, nous sommes tôt ou tard rattrapés par la réalité. Quand la paupérisation frappe à la porte de trop nombreuses familles, quand la déchéance socio-économique gagne trop de terrain et à une vitesse inquiétante, quand l’insécurité globale et multiforme devient quasi omniprésente à travers les routes et la ville, alors nous ne pouvons plus nous boucher les yeux et raconter des histoires qui ont du mal à tenir debout. La république des coquins et des imposteurs Quelle république sommes-nous aujourd’hui ? Le sauriez-vous ? Ne sommes-nous pas une république où les coquins et les ‘’requins’’ s’offrent tous les moyens— ou presque— pour dribler la Constitution et donner l’apparence du droit à l’impensable (ou l’inacceptable), ne serait-ce que pendant un temps court ? Ne sommes- nous pas les infatigables promoteurs d’une république sans moteur, sans institution, sans cadre et sans l’ordre public ? Ne sommes-nous pas une république qui fait la part belle aux imposteurs, aux malins et aux destructeurs de la société ou de l’Etat ? Cette république évoquée quotidiennement dans la presse n’a ni pieds, ni tête, ni voix, ni poumons. Elle n’est même pas virtuelle. Elle n’existe que pour les mal-pensants. Elle n’intéresse que les faux élus de toujours, les pseudos candidats et les affairistes de « la politique». Elle ne se situe nulle part: passez en revue les déclarations des diplomates accrédités en Ayiti, et vous en conviendrez. La république des élections Quelle république sommes-nous ? Nous avons toutes les chances de passer pour « la république des élections» si nous ne parvenons effectivement à boucler le cycle des plaisanteries électorales planifiées pour 2015. Tous les acteurs s’apprêteraient, en effet, à jouer la comédie qui rapporte gros : ceux de la fameuse «communauté internationale»; ceux de la classe politique sans essence et sans « nannan»; ceux du gouvernement «tout le monde il est beau, tout le monde il est gentil» ; ceux du Conseil électoral provisoire avec ses maux connus et inconnus ; ceux de la si triste société civile qui dit si mal son nom et son esprit ; ceux du corps social archi-dégénérescent et recouvert d’épaisses ténèbres… Donner la priorité aux priorités Si nous étions une vraie république, est-ce que nous n’aurions pas affirmé de toutes nos forces notre droit à donner la priorité à nos priorités ? Au retour effectif de l’ordre public et de l’esprit d’ordre ? Au retour de l’autorité publique ? Au droit de l’Etat avec des institutions fonctionnelles ? Au remembrement de la société à travers le remembrement moral si bien souligné par le professeur Leslie Manigat et l’éditorialiste d’une certaine ’’ chronique d’une fin d’un siècle’’ ou ‘’de la fin d’un temps’’, pendant dix-sept ans ? Si nous étions une république digne des plus grands maîtres produits par l’école et les traditions haïtiennes, n’aurions-nous pas déjà privilégié tous les investissements qui visent la construction de la société et la refondation de l’ETAT, deux choses inséparables l’une de l’autre ? Nous ne cessons de réserver bon accueil aux ‘’démocratologues’’, aux pseudos démocrates, aux democrates autoproclamés, et aux ‘’faiseurs de démocratie’’ sans cohérence et sans inspiration. Le progrès socio-économique d’abord ! Que faisons-nous du progrès socioéconomique nécessaire à la resocialisation au sein de notre peuple ? Jusques à quand persisterons-nous à croire et à affirmer que la démocratie est possible dans l’extrême misère d’une population affamée de tout ? La vraie république est-elle réalisable sans cette formation civique tous azimuts qui transforme la majorité des Haïtiens en citoyens conscients de leur rôle d’ouvriers de la prospérité et de défenseurs de l’Etat ?... l’Etat qui est un pouvoir plus grand que celui des hommes, quelque puissants qu’ils soient ! Etes-vous prêts à édifier une nouvelle république en 2015 ou en 2016 ? S’il vous plaît, quelle que soit votre réponse, interrogez cet oiseau rare que l’on appelle à juste titre ‘’Homme d’Etat’’ parce qu’il a le sens des intérêts de l’Etat et de l’avenir de son pays. Permettez-moi de faire un clin d’œil à mon grand-cousin Georges Salomon, chancelier modèle qui se faisait écouter à Washington comme à Port-au-Prince, au Palais national. Jean Claude D. CHERY 17mars 2015/ Bibliothèque SOCRATE-FIRMIN jccherysambo9@gmail.com/3-7168569