Les saisons régulières s’étendent sur une période bien déterminée. Elles ont un commencement, elles ont aussi une fin. La cinquième saison, puisqu’elle est spéciale, extraordinaire même, ne respecte aucune règle, il est difficile de déterminer avec précision son point de départ, et quasi impossible de dire quand elle va arriver à terme. La période électorale en Haïti représente cette drôle de saison qui prend, presque toujours, du temps pour s’annoncer et qui, le plus souvent, ne laisse pas augurer ses derniers moments. Comme toute prière doit être ponctuée par un amen, y compris le psaume 119 qui se révèle le plus long, on parvient enfin à cette époque attendue depuis si longtemps, trop longtemps… Les élections, dans ce pays, constituent une saison imprévisible. Elle n’est jamais courte, et elle est toujours riche en rebondissements. Plus elle prend du temps pour son démarrage, plus elle fait l’affaire d’un petit groupe. Fait surprenant, il existe des gens qui n’ont rien semé, mais qui, pourtant attendent avec impatience l’arrivée de cette époque dans le but d’une très grande moisson. Il est dit que la moisson sera abondante, et il y aura très peu d’ouvriers. La politique, ces derniers temps, ne constitue plus le domaine des politiciens. En effet, à travers tout le pays, on rencontre des hommes et des femmes qui ne vivent que par et de la politique ; détrompez-vous si vous croyez que l’on se réfère à des hommes qui ont étudié la politique, qui ont fait les sciences po, pour employer le terme à la mode ! Dans la majorité des cas, ils n’ont jamais vu, ni touché, voire ouvert un livre de sciences politiques, pourtant ils se révèlent des experts en politique. Ils ne sont ni à gauche, ni à droite, pas non plus au centre, cependant ils restent les maîtres à tout faire de la politique. Aussi suis-je en droit de me rappeler cette pensée du docteur Jean SAINVIL « Dans ce pays, il existe beaucoup de maîtres qui ne maîtrisent rien ». Puisqu’ils ne se situent nulle part, ils font tout simplement de la politique ‘’ de grenn goch’’. Définitivement, les temps ont réellement changé, et la politique prend une nouvelle direction avec une teinte toute particulière. Jadis, tout éventuel candidat à un poste électif quelconque, une fois débarqué dans la localité, s’arrangeait immédiatement pour prendre contact avec les notables ; de nos jours, au nom de la modernité, disons de préférence, dans ce monde à l’envers, sa première démarche serait de se faire connaître des ‘’bases’’. Mais que sont-elles en fait ? Des éléments sans foi ni loi, des nuisances pour la société, des marginaux, le plus souvent des analphabètes au trois-quarts, mais qui se croient les plus malins en s’arrogeant le droit de dicter la voie à suivre à des hommes et des femmes appelés à être les représentants de la majorité. Comme les rôles sont inversés, ceux qui devaient être à la remorque se sont métamorphosés en conducteurs. Bref, ils se font passer pour des meneurs, ils se désignent ‘’leaders’’. Oui, un tel tableau nous permet de nous exposer avec toutes nos laideurs. Toutefois, ils ne sont pas les seuls à blamer. N’est-il pas dit que sans acheteurs, il n’y aurait pas de vendeurs ? S’ils ne sont pas utiles à la population, ils ont pourtant leur importance pour une certaine catégorie. Ces traficants politiques, si on peut les dénommer ainsi, n’ont pas de clients en particulier, ils se vendent au plus offrant ; ils ne sont à personne, ils sont à tout le monde. Le jour de vote, ils sont agiles et habiles, prêts à semer le trouble, à provoquer des dérapages, à intimider les honnêtes gens, à empêcher les paisibles citoyens de voter pour les candidats de leur choix. Bien qu’ils ne soient pas intouchables, il ne faut pas toutefois penser à les mettre hors d’état de nuire ; en agissant de la sorte, on aurait à faire face à de grosses légumes. Les élections, en Haïti, n’ont pas une période fixe, elles sont plutôt épisodiques ; elles se réalisent quand elles ne peuvent plus être reportées. J’ai lu un très enrichissant article d’un ancien sénateur de la République relatif à l’harmonisation des elections au regard de la Constitution de 1987. Je me faisais l’illusion qu’il allait faire mention d’organisation d’élections chaque 4, 5, 6 ou 7 ans, des élections générales à chaque fin de mandat de tous nos élus, c’est-a-dire dans toute éventuelle révision constitutionnelle que l’on s’arrange pour que le mandat de tous les élus soit d’une même durée. Il est quelque peu indécent de solliciter à tout bout de champ de l’aide pour l’organisation d’élections. D’ailleurs, tout gouvernement appelé à s’engager dans l’organisation d’élections se voit contraint de réduire ses capacités de concentration dans la conduite des affaires de la République. L’organisation d’élections à n’en plus finir ne serait en rien bénéfique à la collectivité. Comme la vie, c’est l’espoir, on est en droit d’espérer qu’avec le temps, l’organisation d’élections ne sera plus un casse-tête chinois ; tous les dispositifs seront mis en place, CEP* (Permanent enfin) et la cinquième saison s’établira bel et bien dans les coutumes, les habitudes de la pratique politique de la vie nationale. Sème RIVIERE Terrier-Rouge, le 26 mars 2015 *Conseil Electoral Provisoire en Permanence.