L’ordonnance de non-lieu rendue vendredi dernier en faveur du sénateur Felix Bautista, par le juge d’instruction spéciale de la Cour suprême de la République dominicaine, Alejandro Moscoso Segarra, a suscité des remous au sein de différents secteurs de la société dominicaine. D’un côté, les partisans du sénateur et le personnel de ses entreprises mises sous séquestre depuis plusieurs mois ont exprimé leur joie. De l’autre côté, des étudiants et des responsables d’organisations de défense des droits humains ont exprimé leur déception par rapport à cette ordonnance qualifiée de honte pour la justice dominicaine. Bras droit de l’ancien président Leonel Fernandez, Felix Bautista avait joué un rôle clé dans la campagne de levée de fonds pour le Parti de la liberation dominicaine lors des élections de 2004 et de 2008. Son influence au sein du gouvernement de Fernandez dans l’attribution des contrats pour les travaux publics était très remarquable. En 1996, lorsqu’il faisait la déclaration de son patrimoine comme sénateur, il disposait de 500 000 pesos. En 2014, la fortune de Bautista est évaluée à 40 milliards de peso. Voici la principale raison qui a porté la justice dominicaine à enquêter sur la fortune de ce parlementaire. Lors des dernières élections en Haïti et en République dominicaine, le sénateur finançait les candidats aux postes législatifs et à la présidence afin d’avoir les coudées franches au plus haut niveau de la direction des affaires de l’Etat dans les deux pays se partageant l’île. Bautista a eu effectivement gain de cause en obtenant des contrats signés dans des conditions douteuses sous l’administration Préval-Bellerive aussi bien que sous l’administration de Michel Martelly quand Laurent Lamothe devenait Premier ministre. Si le dossier du sénateur Bautista connaît un nouveau dénouement en République dominicaine avec cette ordonnance de non-lieu vendredi dernier, il n’enlève pas pour autant les doutes des uns et des autres sur les accusations de corruption qui pèsent sur la personne de ce législateur. En Haïti, au fur et à mesure que la campagne électorale battra son plein, les dossiers des deux anciens Premiers ministres Bellerive et Lamothe, qui avaient signé des contrats avec Felix Bautista, feront l’objet de débat. Le nombre de contrats signés, les conditions dans lesquelles ils ont été signés et les montants de ces contrats seront révélés pendant la campagne électorale de cette année. Quoi qu’il en soit, les observateurs vont suivre attentivement le dernier rapport de l’organisation Transparency International sur l’indice de la corruption en République dominicaine. Comme chaque année, cette organisation publie la liste des pays suivant des rapports soumis par ses représentants dans chaque pays et suivant les données fournies par la Banque mondiale sur les cas avérés de corruption. Il est certain que la République dominicaine, en raison de l’investissement massif étranger qu’elle reçoit depuis plus d’une vingtaine d’années, a toujours été à l’abri de tout soupçon de crimes ou de violences commis dans ce pays. La presse internationale et les rapports accablants sur certains pays ont toujours omis de mentionner la République dominicaine. On va voir jusqu’à quel point Transparency international peut continuer à protéger ce pays dont la corruption est la règle.