Nul ne considérerait se déclarer notaire, médecin, plombier ou ébéniste sans une formation l’habilitant à remplir la fonction. De plus, quel que soit le champ de pratique professionnelle, la formation de base se doit d’être constamment poursuivie pour que le professionnel ou le technicien se garde à jour sous peine de perdre toute crédibilité (P. Dupuis, 2004).
Ce paragraphe de P. Dupuis m’invite à une réflexion profonde sur la question de la réforme à l’Ecole de droit de Jacmel (EDJ).
En effet, dans une communauté qui connaît des transformations et des bouleversements majeurs, la question de réforme à l’EDJ préoccupe aujourd’hui un nombre croissant d’intervenants des milieux facultaires. Cependant, au-delà d’un certain consensus sur la désirabilité d’interventions dans ce domaine et de divers lieux communs sur son importance, cette problématique n’est pas toujours facile à appréhender. Les acteurs selon leurs intérêts abordent la question de réforme différemment.
Depuis quelques années déjà, un certain nombre de questions sont posées à l’EDJ de façon de plus en plus insistante. Certaines sont de nature générale, d’autres financières. Fondée par des citoyens jacméliens en 1981, environ 34 ans après, l’EDJ est loin de correspondre à l’idée d’une faculté. Certains acteurs affirment qu’elle est régie par ses propres lois. D’autres se contentent de dire que cette entité « universitaire » encourage toutes les formes de népotisme au détriment même de l’UEH.
En même temps, l’EDJ subit une pression constante pour qu’elle œuvre par ses activités à la solution de nombreux problèmes de tous ordres qui assaillent la communauté jacmélienne. Ces attentes sont particulièrement vives du côté des transferts scientifiques et technologiques et de la production de connaissances utiles au développement économique et juridique. Aussi, le développement des nouvelles technologies de l’information et de la communication exerce une pression certaine sur la manière dont l’enseignement et la formation pourrait évoluer à l’EDJ.
Toutes ces forces extérieures qui jouent sur l’EDJ accentuent le caractère fragmenté de sa réalité. De plus, la complexité des domaines du savoir et l’hétérogénéité grandissante des catégories de personnel qui travaillent à l’EDJ, ainsi que des valeurs dont elles sont porteuses, ne contribuent pas à donner à l’EDJ d’aujourd’hui une image claire dans laquelle il est facile de se reconnaître sans difficulté.
D’un autre côté, l’opinion publique est confrontée, chaque jour, à différents problèmes tels que la faiblesse de l’offre, la lutte d’influence pour gérer EDJ, etc...
L’analyse de ces problèmes et surtout la recherche de leurs solutions constituent déjà l’objet d’une mise en question de l’adéquation formation à l’EDJ et marché de travail ou l’objet même de la réforme. Or, dans la période actuelle, les réponses sont mises en doute, démenties, remises en chantier au grand désespoir des dirigeants-EDJ –souvent fourvoyés dans des approches excessivement mécaniques, des comportements de responsables politiques qui espéraient trouver auprès de la communauté facultaire les alibis à leurs propres erreurs ; et d’une opinion publique universitaire qui attend des solutions aussi rapides que possibles.
Comprendre le sens de la réforme, c’est admettre l’existence des questions de la standardisation et de la professionnalisation dont parle Dupuis, de mobilité sociale, d’hypothèses alternatives sur les interactions sociales, de perspectives de solutions sans doute complexes qui chambardent les intérêts immédiats des acteurs à l’EDJ et hors de l’EDJ.
Dans cette optique, j’émets l’hypothèse selon laquelle l’impulsion d’une réforme en profondeur à l’École de droit de Jacmel en accord avec le principe de l’imputabilité peut affecter les intérêts de certains acteurs concernés directement ou indirectement par la question et conséquemment leurs réactions peuvent constituer une pierre d’achoppement pour la réforme elle-même.
Pour guider le lecteur, ce texte s’organise autour de trois groupes de variables qualifiées de variables de la réforme qui développent et documentent trois idées :
- La première est que la réforme en tant que mode d’interrogation spécifique de l’existant à l’EDJ peut nuire à tous les acteurs.
- La seconde est que les différentes manières de penser la réforme affectent directement ou indirectement les acteurs et par conséquent elle est liée à leur comportement. Il s’agit en fait de ruptures avec de vieilles pratiques et une philosophie de formation qui ne mène la société nulle part.
- la troisième est que les éléments constitutifs de la situation actuelle de l’EDJ doivent continuer à être interrogés.
Les variables de la réforme
Les variables déterminantes de la réforme à l’EDJ peuvent être classées en trois grandes catégories, compte tenu de leurs coûts pour la communauté jacmélienne ou l’État et de leur influence sur la situation future de l’EDJ:
• Variables reliées à l’EDJ.
• Variables reliées aux programmes.
• Variables reliées à la clientèle.
I. Variables reliées à l’EDJ
Ces variables concernent surtout la mission de l’EDJ, son statut, la philosophie de formation, l’orientation, la professionnalisation de l’enseignement, la réorganisation de l’EDJ, l’offre de place et les ressources disponibles.
a) Mission de l’EDJ
Si nous admettons l’hypothèse que l’EDJ a à sa base une communauté de professeurs et d’étudiants qui cherchent, dans l’apprentissage et l’enseignement, à s’approprier des connaissances sans cesse renouvelées, nous formulons la mission de l’EDJ ainsi : donner une formation au plus haut niveau à toute personne qui en a la volonté et l’aptitude. Cette mission a deux axes fondamentaux :
. l’apprentissage et l’enseignement;
. la recherche, la création et le développement des connaissances, dont fait mention P. Dupuis.
Face à cette mission, les acteurs qui ont la charge d’enseignement ou d’accompagnement se doivent de :
- être continuellement au fait du développement de leur secteur de compétence ;
- témoigner d’une mentalité de découverte ou d’interrogation sur la science déjà acquise pour être en mesure d’accompagner et de guider leurs étudiants dans la maîtrise de leur champ d’étude ;
- s’adonner à des activités de recherche pour être en mesure de guider leurs étudiants et étudiantes dans l’apprentissage de la démarche qui caractérise la recherche scientifique.
De même, les acteurs qui ont la charge de financer se doivent de fournir à l’EDJ les moyens nécessaires pour atteindre sa mission. Malheureusement, ce n’est pas toujours le cas. Certains acteurs ne sont pas en mesure de s’acquitter de la tâche d’enseignement et d’encadrement pour la simple et bonne raison que leur niveau académique ne le leur permet pas. Dans ce cas, à qui la reforme fait-elle peur ?
b) Statut de l’EDJ
Pour accomplir sa mission, l’EDJ doit agir en toute liberté (financière ou académique). En effet, la réflexion qui caractérise la formation universitaire doit prendre place dans un contexte de liberté académique autorisant la libre discussion des points de vue ainsi que la remise en question des reçues. Cette liberté académique s’exerce dans le cadre d’une indépendance et d’une autonomie de gestion (voir la constitution de 1987).
Cette autonomie de gestion s’accompagne d’une obligation d’imputabilité fondée sur la nature publique du service rendu par l’UEH à la société haïtienne. Implicitement, il existe un contrat social entre l’EDJ et la société axé sur trois éléments fondamentaux :
- La communauté jacmélienne ou l’État doit mettre à la disposition de l’EDJ des ressources importantes, accompagnées d’une reconnaissance légale exclusive au regard de la délivrance des diplômes universitaires.
- L’EDJ en retour donne à ses étudiants une formation de haut niveau, tout en participant au développement des connaissances et à l’essor socio-économique de son milieu.
L’État se fait l’interprète des attentes de la société et exerce des fonctions d’orientation et de régulation générales, notamment au moyen de règles de financement en correspondance avec celles-ci. Par rapport à ce contrat social relatif au statut de l’EDJ, les acteurs de la communauté universitaire et l’État ont adopté chacun un comportement de non-respect du contrat en fonction de leurs intérêts. En effet, l’Etat ne donne pas à l’EDJ les moyens nécessaires et celle-ci en retour ne se sent pas redevable envers la communauté et l’État au regard de ce contrat. Pensez-vous que les acteurs sont favorables à la réforme ?
c) Philosophie de la formation
Peu importe la nature d’une institution, la philosophie qui y prévaut constitue un élément important dans le développement d’une stratégie de réforme. A l’EDJ, la philosophie de formation en vigueur l’empêche d’atteindre le niveau le développement que la communauté jacmélienne attend. Cette philosophie de formation favorise le statu quo et la changer met deux types d’acteurs en face : ceux qui veulent conserver leurs intérêts immédiats et ceux partisans de cette philosophie de chambarder l’ordre des choses. C’est pourquoi, d’ailleurs, que certains acteurs veulent contrôler l’EDJ par cette philosophie de formation et d’autres la questionnent.
d) L’orientation
Actuellement, tous les acteurs questionnent l’enseignement à l’EDJ en ce sens qu’il exerce une sorte de contrôle social qui parvient à asseoir la structure sociale pyramidale jacmélienne. Cet enseignement masque les rapports de force qui sont au fondement de sa force. Un groupe d’acteurs imposent cet enseignement comme légitime. Cette imposition se fait par l’intermédiaire des instances administratives qui obligent les étudiants à adopter un schéma de penser en abondant dans le sens des intérêts de ceux qui gèrent l’EDJ.
Cet enseignement représente un filtre de la mobilité sociale ascendante. Le passage d’une strate inférieure à une autre considérée comme supérieure se trouve donc bloqué. D’où l’impossibilité d’acquérir, avec cet enseignement, les comportements, les biens prestigieux, l’échelle de valeurs propres à cette strate dans laquelle on ne se trouvait pas auparavant.
Cette barrière qui paraît infranchissable a plus d’un provoque des frustrations et crée à la manière des behavioristes un comportement répondant.
Ainsi, la nouvelle orientation de l’EDJ, dans le cadre de la réforme, ne peut continuer à véhiculer ces mêmes valeurs. Au contraire, l’enseignement supérieur doit devenir un creuset de toutes les connaissances nécessaires au progrès national, un pôle de renouveau permanent. Il doit reconnaître la personne jacmélienne comme être social et créateur en éliminant la structure hiérarchique des valeurs susceptibles de renflouer les facteurs d’inégalité en matière d’éducation. Les acteurs sont-ils prêts pour une orientation de ce genre ?
e) La professionnalisation
Quelle est dans le cadre de la réforme à l’EDJ la signification de la professionnalisation de l’enseignement ? Au-delà d’un discours théorique, on peut répondre à cette question à partir de quatre éléments.
1- L’acte professionnel : une profession est caractérisée par un acte spécifique impliquant une activité intellectuelle.
2- La formation : le professionnel reçoit une longue formation universitaire, le plus souvent de nature scientifique.
3- Le contexte de pratique : le professionnel exerce sa profession de manière autonome et responsable.
4- L’insertion sociale : l’insertion du professionnel dans la société se fait par l’intermédiaire d’une association à identité forte. Cette association a droit de regard sur la formation et l’accréditation de ses membres, leur impose un code d’éthique et est garante de leur statut social.
La question qu’on doit se poser, étant donné la difficulté d’assurer un haut niveau intellectuel pour l’ensemble des enseignants à l’École de droit de Jacmel, une pratique autonome et un statut élevé, est la suivante : Est-il possible de professionnaliser la formation universitaire à l’EDJ sans faire face aux intérêts des acteurs en présence tels que ceux de la communauté universitaire, ceux de l’État ?
A première vue, on peut affirmer que les acteurs sont favorables à la professionnalisation de l’enseignement à l’EDJ. En effet, l’une des tendances actuelles à l’EDJ les plus affirmées est qu’il est impératif de sortir d’une formation à l’identité mal assurée vers une formation délibérément professionnelle. Dans presque tous les discours, on retrouve les propositions suivantes : Viser la qualité de l’enseignement afin d’offrir un modèle professionnel tout en assurant une meilleure formation de base aux futurs universitaires, accentuer la dimension d’instrumentation pratique, favoriser l’émergence de recherches en collaboration, etc. … Autant de propositions qui laissent présumer que les acteurs veulent la professionnalisation.
Néanmoins, le processus de professionnalisation pose trois problèmes majeurs à l’EDJ.
1- Le premier repose sur le fait que la professionnalisation exige une élévation du niveau de qualification des professeurs. La construction du savoir nécessite davantage de compétences que la mise en œuvre des règles. Plus on va vers les degrés élevés du cursus, plus la maîtrise des savoirs à enseigner exige un niveau élevé de formation académique. Or, à l’EDJ, certains acteurs n’ont pas le niveau requis et ne sont pas encore prêts pour aller chercher ce niveau-là.
2- Le deuxième obstacle est que le processus doit passer à certains stades par des décisions portant sur le salaire des professeurs, leur degré d’autonomie et d’indépendance. Si, à certains points de vue, les professeurs sont autonomes dans les classes, mais au niveau du salaire, ils ne peuvent décider. Donc, le processus ne peut s’établir qu’au gré d’une crise majeure ou d’une évolution assez lente des besoins et des esprits. Quiconque aujourd’hui proposerait à l’État haïtien de former les professeurs de l’EDJ et donc de les rémunérer aussi bien qu’un ministre, un banquier à la BRH, un sénateur, etc…risque d’être traité de rêveur doux : aucun Parlement en Haïti, aucune administration n’interviendrait en la matière sur une proposition aussi farfelue.
3- Le troisième obstacle vient du fait que la professionnalisation implique un corps professoral permanent autour duquel gravite toute la structure académique et scientifique de l’EDJ. Du côté de la communauté universitaire, une réforme aussi profonde va contraindre certains acteurs à faire un choix entre l’enseignement à l’EDJ et fonctionnaire de l’administration publique haïtienne. Peu importe le choix à faire, ces acteurs auront un manque à gagner. Aussi, la mise en place d’un corps professoral permanent interpelle encore une fois l’État qui doit assurer à l’EDJ un appui certain.
f) La réorganisation de l’EDJ
La question de réorganisation de l’EDJ donne naissance à une nouvelle interrogation, savoir celle d’une nouvelle structure organisationnelle de gestion de l’EDJ. Cela nécessite que la réforme s’attaque aux structures sur lesquelles repose l’École de droit de Jacmel. Dans cette perspective, la réorganisation peut constituer un obstacle majeur de la réforme.
En effet, le fait que cette nouvelle structure organisationnelle peut imposer aux acteurs une autre politique de développement des ressources humaines et de changement de rapport de force, elle s’avère contraignante.
L’actuelle EDJ est composé d’une structure simple. Admettons qu’on la réorganise tant du point de vue de la structure que l’espace géographique. Une telle réorganisation peut signifier la perte de pouvoir pour certains acteurs influents et importants au cœur même de l’EDJ dans la mesure où ces acteurs doivent rendre compte de leurs dépenses.
Fondamentalement, une telle variable, dans le cadre de la réforme à l’EDJ, s’avère problématique parce qu’elle s’accompagne d’une perte de pouvoir par des acteurs.
g) L’offre de place et les ressources disponibles
L’EDJ doit répondre à un problème crucial : une demande importante pour l’enseignement supérieur dont l’un des indicateurs de celle-ci est le nombre incrémentiel des bacheliers qui viennent subir chaque année le concours d’admission.
Face à une telle demande, la capacité d’accueil de l’EDJ ne peut y répondre. Ceci se traduit par un déséquilibre entre l’offre de places disponibles et la demande sociale d’éducation supérieure. L’EDJ utilise donc les examens de concours d’entrée comme moyen de sélection pour filtrer tous ceux qui ont eu tort de penser à entrer à l’EDJ. Cette pratique sociale va à l’encontre même de la Constitution de 1987 qui garantit l’accès à l’éducation pour tous les citoyens haïtiens. Aucun effort tant du côté de la communauté universitaire n’est fait pour augmenter l’offre de place. Au contraire, certains sont d’avis que tout le monde ne peut pas être juriste. Une telle philosophie va à l’opposé même de l’esprit de la réforme dans la mesure où l’offre de place doit être augmentée pour garantir l’accès à un certain nombre. De plus, cette philosophie dissimule un phénomène d’importance : des milliers de candidats sont éliminés (structure pyramidale) et, du même coup, ne peut accéder à des positions sociales en Haïti. Dès lors, on peut proposer que :
1) Le concours d’entrées est l’instrument symbolique privilégié de la réalisation de la sélection, de ségrégation et de séparation des élites (situé au sommet de l’échelle, marque par une suite d’échecs, de pratiques discriminatoires imposée par une société ou la répression opère comme modèle d’imposition réel de contrôle social).
2) Il constitue un enjeu social important qui rejaillit par son prestige sur la collectivité d’appartenance des <échoués > au concours.
Le refus d’augmenter l’offre de place, la taille de l’EDJ s’inscrit dans une politique d’humiliation sociale. Cette façon de faire à l’EDJ est arbitraire parce qu’elle est fondée sur les rapports de force qui caractérisent les relations entre les groupes ou les classes de formation sociale haïtienne : elle est culturelle parce qu’elle délimite des significations comme digne d’être imposées et reproduites par l’exclusion de certains groupes : elle est dominante parce qu’elle exprime des intérêts de groupes dominantes : elle est dissimulatrice parce qu’elle appuie sur une méconnaissance interne des rapports de force.
II. Variables reliées aux programmes
L’emphase mise sur la professionnalisation va de pair avec la nécessité de rénover en profondeur les programmes de formation à l’EDJ. Ceci nous amène à aborder les variables reliées aux programmes comme variables importantes de la réforme. Ces variables concernent le contenu et les objectifs, la qualité de l’enseignement dispensé.
a. Contenu et objectifs
L’EDJ poursuit des fins définies par la communauté jacmélienne. Ses activités sont déterminées, en grande partie, par le paradigme socioculturel dominant. De ce fait, le contenu et les objectifs de formation sont orientés en fonction des intérêts du groupe social dominant. Cette vision des choses contribue à maintenir un processus décisionnel hiérarchique et à perpétuer une conception de la démocratie qui se limite souvent à une méthode oligarchique de prise de décision (Bertrand, Y., 1992 p.110).
Dans le cadre de la réforme à l’EDJ, on doit questionner un tel paradigme éducationnel si on veut modifier le contenu et les objectifs de la formation ou le savoir à transmettre. Cette modification du savoir entraînerait un plan de formation continue pour certains acteurs et l’expulsion pour d’autres. Dans cet ordre d’idée, ils ne peuvent plus continuer leur ancienne pratique d’enseignement avec le même niveau de qualification.
b. La qualité de l’enseignement dispensé
Une autre variable importante dans le cadre de la réforme à l’EDJ est la qualité de l’enseignement dispensé. Ces dernières années, cette qualité est décriée par tous les acteurs et est devenue un sujet d’actualité dans les facultés.
La démocratisation de l’enseignement supérieur a comme objectif principal de permettre à tous l’accessibilité à une éducation supérieure de qualité en vue de promouvoir l’équité sociale. Pourtant, il semble que la performance des étudiants à l’EDJ n’ait pas atteint un niveau satisfaisant. Pour certains observateurs, cette baisse de niveau a un rapport étroit avec le climat organisationnel qui règne à l’EDJ. D’autres, au contraire, essaient d’établir une relation entre le niveau de qualification de certains professeurs et l’efficacité à l’EDJ. Un fait est certain : l’enseignement est de mauvaise qualité et il faut y remédier immédiatement.
Si l’on accepte que les causes susmentionnées jouent un rôle dans la détermination de la qualité, il faudrait en conséquence modifier le climat organisationnel à l’EDJ et élever le niveau de qualification de certains acteurs. Des deux côtés, on va faire face aux obstacles suivants :
1- Tout changement de climat s’accompagne éventuellement d’un changement de paradigme qui aura des conséquences sur la structure organisationnelle de l’EDJ et sur la pratique comportementale des acteurs. Les forces inhérentes à l’EDJ peuvent empêcher de tels changements parce qu’ils touchent leurs intérêts.
2- Certains acteurs estiment qu’il n’y a pas un besoin de formation continu. Cette tendance rend difficile la question l’élévation du niveau de compétence et qualification. Dans une telle optique. La réforme ne constitue-t-elle pas une menace pour les acteurs ?
III. Variables reliées à la clientèle
Les variables reliées à la clientèle posent de sérieux problèmes aux acteurs et la réforme doit les prendre en compte. Ces variables sont l’accessibilité et l’excellence académique.
a- L’accessibilité
Depuis sa création, l’EDJ fait face à un objectif majeur : l’accessibilité aux enseignements supérieurs. Cet objectif implique une vision plus large du processus d’admission en permettant l’accueil d’un plus grand nombre de jeunes, tout en augmentant leurs chances d’obtenir un diplôme.
L’élargissement de l’accessibilité implique aussi la prise en compte de la diversité des clientèles que dessert maintenant l’EDJ et la réponse a des besoins légitimes qui n’impliquent pas nécessairement la recherche d’un diplôme Cette vision des choses ne traverse pas l’EDJ et est en contradiction avec ses pratiques.
b- L’excellence académique
De toutes les critiques qui sont faites à l’endroit de l’EDJ, qu’elles proviennent de l’intérieur ou de l’extérieur, ce sont celles relatives à l’excellence académique et à l’encadrement des étudiants qui sont le plus souvent entendues. L’EDJ ne se concentre pas sur les étudiants, sur ses besoins de formation et sur la manière la plus appropriée d’y répondre. De plus, elle ne prend pas la mesure appropriée pour que ceux qui enseignent répondent au mieux aux besoins de formation et d’accompagnement des étudiants. Elle ne responsabilise pas non plus les étudiants.
Dans un contexte où tous les acteurs font ce qu’ils veulent à l’EDJ, comment ne pas avoir peur de la réforme ?
Au cours de cet article, il ressort clairement que la réforme suscite des interrogations qui méritent des réponses certaines et immédiates. Parmi ces interrogations, l’article met l’emphase sur la mission, le statut, la philosophie, l’orientation, la réorganisation de l’EDJ, l’offre de place, l’excellence académique, les ressources disponibles, etc…..
Répondre à ces interrogations nécessite des changements qui ne sont pas sans conséquence pour les acteurs. En d’autres termes, les enjeux en présence et les défis auxquels sont conviés les acteurs sont sans contredit exigeants.
Donc, la question de «la réforme à l’EDJ ? » touche presque tous les acteurs. Ils ont peur parce qu’ils ne voient pas encore les issues de ces changements et conséquemment sont prudents et peuvent même bloquer le processus. Si l’on veut éviter cela et entamer la réforme, il faut que celle-ci prenne en compte les intérêts de chaque groupe d’acteurs.
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