« La présence de la Chine dans les Caraïbes », c’est l’intitulé d’une étude réalisée dans le cadre d’un partenariat entre l’Institut des Amériques (IdA) et l’Agence française de développement (AFD). Publiée en février 2015, elle se demande s’il y a lieu de parler d’une possible percée chinoise dans cette région historiquement sous l'influence de l’Europe et des Etats-Unis. A partir de chiffres et de statistiques de ces dix dernières années notamment, cette étude questionne donc le rôle et le poids spécifique de la Chine dans la quinzaine d’Etats indépendants que comporte la Caraïbe. « On estime que le montant des prêts de la RPC à la région Caraïbe est de 740 millions USD en moyenne annuelle, depuis 2010 », note l’étude compilée en 78 pages. La Banque mondiale et la Banque interaméricaine de développement (BID), de leur côté, ont octroyé respectivement, au cours de ces cinq dernières années, des prêts d’un montant de 400 millions USD et environ 1,3 milliard USD. « En 2013, les importations [haïtiennes] en provenance du géant asiatique auraient atteint un total de 100 millions USD », constate l’étude avant de faire remarquer que les motocyclettes de marque Jialing ainsi que les voitures et camions chinois sont par exemple de plus en plus nombreux dans les rues de la capitale haïtienne. D’autres produits sont importés depuis la Chine, notamment des produits textiles et en plastique. Par ailleurs, toujours selon l’étude, en l’espace de deux décennies, les échanges commerciaux entre la Chine et la Caraïbe ont enregistré une forte progression. « Entre 1990 et 2008, ils ont été multipliés par cent », informe-t-elle. Toutefois, pour la sous-région Caricom, trois tendances semblent se dégager : les investissements directs chinois (IDE) se concentrent dans les territoires les moins peuplés, les plus riches en ressources naturelles et se trouvant plutôt dans la fourchette « pauvre». Plus loin, les auteurs de cette étude font ressortir la composante diplomatique dans les relations définies entre les deux régions. Les objectifs que poursuit la Chine en Amérique latine et dans la Caraïbe, ajoutent-ils, sont clairement établis dans un livre blanc qui stipule comme principe pour les pays partenaires, en l’occurrence ceux de la Caraïbe, le renoncement au développement de relations et de contacts officiels avec l’île de Taïwan. Or, le fait que le gouvernement du président Martelly continue de reconnaître Taïwan et envisage la création d’un espace destiné à accueillir les investissements taïwanais sur le territoire haïtien, en sus de la situation de dépendance particulièrement forte d’Haïti vis-à-vis des États-Unis, a contribué à limiter le développement d’un partenariat commercial avec le géant asiatique, selon cette étude. A titre de comparaison, l’étude qui cite le FMI rapporte qu’Haïti, en 2012, a expédié 83.58% du total de ses exportations vers les Etats-Unis contre 1.05% vers la Chine. Pour la même année, Haïti a importé 25.30% du total de ses biens des Etats-Unis contre 6.77 % de la Chine. Concernant les investissements chinois, Haïti doit encore patienter. « En l’absence de relations diplomatiques, Pékin n’a pas investi sur le territoire haïtien », rappelle l’étude.