« L’élite haïtienne est comme un voyageur en première classe qui ne se soucie pas de la présence d’une bombe en classe économique », a dit Charles Castel, gouverneur de la Banque de la République d’Haïti, pour conclure son discours, mardi soir au Karibe, devant le gratin du monde de la finance et de la banque en Haïti, à l’occasion du 5e Sommet sur la Finance et la Technologie appliquée organisé par Group Croissance. Parler d’avion, de bombe, de première classe devant une salle remplie de frequent flyers, image empruntée par le gouverneur à Dany Laferrière, le seul immortel haïtien, a fait mouche. Tout le monde a compris que l’apartheid financier peut nous amener à la catastrophe. La cérémonie, où a pris la parole le gouverneur, était l’occasion de faire entrer au panthéon de la finance haïtienne trois personnalités marquantes qui ont toutes plus de trente ans de carrière au plus haut niveau, tant en Haïti que dans des postes à travers le monde, dans le secteur financier. Adrien Castera, Claude Pierre Louis et Jean Philippe Prosper méritent tous les dignes hommages qui leur ont été rendus en présence du Premier ministre Evans Paul et de leurs pairs. Les mots du gouverneur en conclusion de son discours ont été précédés d’une liste de conseils aux entreprises et aux banquiers haïtiens. Castel invite nos baquiers a proposer de nouveaux produits et services. Pour Charles Castel, il est temps que les banques et les entreprises haïtiennes ouvrent leurs actionnariats. Elles doivent communiquer leur bilan pour alimenter la confiance. Apprendre à inventer des solutions, mettre en œuvre l’ingénierie financière pour, sans perdre le contrôle, avoir accès à des sources de financement autres que l’endettement. Castel a insisté pour affirmer que les causes de notre retard dans la mise en application de l’inclusion financière ne sont pas techniques, mais humaines. En un mot, le gouverneur de la banque des banques a appelé les plus riches d’Haïti à s’ouvrir aux autres, à partager leur richesse pour devenir plus riches. Le monde de la finance a une révolution à conduire en Haïti avant que la bombe n’explose… Dans une autre intervention, Jacky Lumarque, recteur de l’Université Quisqueya, a, dans son intervention pour présenter Jean Philippe Prosper, mis en garde les organisateurs du sommet, l’Etat et la société haïtienne dans son ensemble, sur les risques d’un tarissement du nombre de personnalités aptes à entrer dans le panthéon de la finance haïtienne d’ici quelques années. Pour Lumarque, si un système universitaire solide ne pourvoit pas au renouvellement des cerveaux, de l’élite, il ne restera bien vite pas grand monde à honorer. Les cinq personnalités récompensées mardi soir au Karibe : Adrien Castera, Claude Pierre Louis et Jean Philippe Prosper ainsi que Pierre Léger pour ses performances comme exportateur d’huiles essentielles et Coby Almédor comme exportateur innovant de vivres alimentaires vers les USA, l'Angleterre et le Canada, sont toutes des produits de l’école ou de l’éducation à l’haïtienne. Cela n’empêche que les craintes de Lumarque sont légitimes. Dans la finance comme dans l’éducation, il y a une machine à retaper, des mécanismes à huiler, une révolution à faire, des apartheids à mettre bas et une phrase à se rappeler : « L’élite haïtienne est comme un voyageur en première classe qui ne se soucie pas de la présence d’une bombe en classe économique ».