Le projet d’élaboration d’une politique de financement de la santé a réuni, au Karibe, mardi, des ministères sectoriels, des représentants de différentes entités du système de sécurité sociale, des partenaires internationaux, des assureurs, des prestataires de services et des financiers et économistes. Pendant que des juges du CEP planchaient sur les contestations formulées contre des candidats, sous l’égide du MSPP, des discussions importantes se tenaient sur l’urgence de trouver des cohérences, des solutions pour pérenniser des initiatives existantes dans un contexte de raréfaction de l’aide externe au secteur.
Il faut augmenter l’offre médicale, utiliser le peu de ressources avec efficacité et efficience, avait expliqué quelques heures plus tôt sur Magik 9 le docteur Florence Duperval Guillaume, ministre de la Santé publique et de la Population. Sans a priori, ouverte, avec ses certitudes aussi sur la manière de faire, la ministre, prête à discuter, a souligné que la « confiance se construit ».
Florence Duperval Guillaume, curiosité aiguisée, a souhaité savoir comment est la situation de l’autre côté, du côté des assurances qui pensent que l’Etat n’est pas bon gestionnaire, qu'il est centralisateur avec une situation de quasi monopole en ce qui concerne l’OAVCT, l'ONA ou l’OFATMA, entre autres. Si la confiance doit se construire pour avoir cette « mosaïque de financement de la santé » souhaitée par Florence Duperval Guillaume, la méfiance, quant à elle, existe belle et bien.
Comment dissiper cette méfiance ?
La création de cette passerelle de discussions, d’échanges, de propositions que constitue la première conférence internationale sur le financement de la santé en Haïti est un pas dans la bonne direction. D’autres pas devront être faits dans le sens de la transparence et de la régulation. En ce sens, il serait bon de savoir pourquoi l’Etat a laissé tomber le Groupe Santé Plus (GSP) qui a géré pendant des années les relations entre ses employés et le monde de la santé.
Quelles sont les capacités techniques et actuarielles de l’OFATMA ou de l’ONA pour gérer le portefeuille de ceux qui travaillent dans le privé et le public ? Comment, si l’assurance universelle devient une réalité, parviendra-t-on à être efficient dans un pays ou moins de trois cent mille personnes ont un salaire régulier ? Quelles pourraient être les incidences de l’assurance universelle, si l’Etat ou un monopole privé prenait le contrôle des hôpitaux privés qui tirent déjà le diable par la queue ?
Si les questions sur la transparence peuvent se multiplier à souhait, les craintes en termes de gouvernance, de reddition de comptes peuvent être dissipées par le renforcement du cadre juridique. Pour le moment, les autorités étatiques règnent en maître, grâce à certains vides non comblés.
Cela dit, le débat sur le financement de la santé braque aussi les projeteurs sur le Parlement, le CAOSS, la société civile dans l’incontournable réflexion précédant les actions pour sortir le système de soins de santé de cet état de guenille.
Posera-t-on finalement le problème des professionnels de santé haïtiens poussés soit à la banqueroute, soit à l’exil économique à cause des mauvais choix effectués, certains dictés dans un élan humanitaire au final affaiblissant ? Il est fort probable, sans règles de jeu définies et imposées aux bailleurs, aux ONG que cette situation perdure, que cette catégorie de professionnels continue la descente aux enfers, qu’ils soient de moins en moins capables de capter une part de ce quelque 30 millions de dollars américains dépensés à l’étranger par des Haïtiens pour des soins de santé, selon une estimation d’un expert du MSPP.
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