La lecture de la liste des candidats aux postes de sénateur et de député laisse rêveur. Quels sont les projets de tous ces aspirants parlementaires ? De quelles envies sont-ils porteurs pour la 50e législature ? Par quel tour de magie les élections si réclamées sont-elles en train de se transformer en une attente, sans débat de fond, pour savoir qui seront les prochains jouisseurs? On ne le redira pas assez, d’année en année, le Parlement haïtien accouche d’un bilan de plus en plus maigre. Peu de lois votées, peu de mesures arrêtées, peu de séances tenues. A l’inverse, les budgets s’envolent d’un exercice fiscal à l’autre. Le personnel de soutien ( experts, conseillers et agents de sécurité ) -pour moins de cent-cinquante parlementaires- enfle. Le Sénat et la Chambre des députés font vivre plus de deux mille employés et contractuels. Plus de deux mille. Ne demandez pas pour quels résultats. Depuis des sessions, la question ne se pose pas sans provoquer des envies de dechoukaj des indélicats qui ne veulent pas que les Haïtiens et Haïtiennes travaillent. Ici ou ailleurs, à ne rien faire, là ou dans un autre poste, rien de plus normal. Au Parlement, du plus petit rouage de la chaîne jusqu’aux présidents des assemblées, le premier devoir et le premier droit sont de jouir des prérogatives, avantages et autres bénéfices octroyés, arrachés, ou négociés avec le pouvoir central. Un élu n’est pas n’importe qui. A défaut d’être devenu important dans le combat pour l’avancement du pays, chaque parlementaire fait avancer ses petites affaires. Ses moun pa. Sa pierre roule et, miracle, amasse plus que de la mousse. Il faut dire que l’exemple vient de très haut. Le paraître est le mode d’expression préféré de ces dernières années. Parader est la substantifique moelle de la quête de pouvoir. Le pouvoir pour le pouvoir est une philosophie que partagent de plus en plus d’acteurs sur la scène politique. On n’a qu’à voir comment depuis ces cinq dernières années on change de camp en Haïti au niveau de la classe politique, pour comprendre que plus rien n’importe plus que d’être du côté des vainqueurs. Là encore, faites la lecture de la liste des candidats aux prochaines élections et vous verrez le catalogue des adeptes du grand écart. On passe d’un extrême à l’autre sans autre forme de procès que l’oubli de son passé. Les chefs de clans n’ont ni idéologie ni règle de conduite, l’essentiel étant d’avoir autour de soi le plus grand nombre de figures marquantes. Même des kat make. Marie Vieux-Chauvet a écrit Les Rapaces, il reste à écrire Les jouisseurs.