Nous publions dans cette édition un article à la suite d'une rencontre entre une équipe du Nouvelliste et le consul général des Etats-Unis d’Amérique en Haïti. Les journalistes cherchaient à déterminer par le jeu des questions- réponses qui est américain et comment on cesse de l’être. Il y a des lois qui déterminent comment on devient américain, car les États-Unis ne reconnaissent pas la double nationalité et une procédure, déterminée, par la loi aussi, pour renoncer à la nationalité américaine. Ce qui n’existe pas c’est la possibilité pour le consul général ou tout autre officiel américain de dire l’état du dossier de quelqu’un. La Privacy Act l’en empêche. Pour statuer sur qui est qui, le Conseil électoral réuni en Bureau du contentieux électoral national (BCEN) devra soit chercher à appliquer les lois haïtiennes en la matière, soit se fier aux argumentations des avocats des parties en conflit ou, tout étant politique, trancher en vertu de considérations diverses et si nombreuses que l’imagination de chacun peut établir une longue liste. On ignore pour l’instant les enquêtes que les accusateurs ont diligentées, on ignore la liste de pièces et de preuves que les défendeurs verseront. On ignore de quels moyens dispose le BCEN pour évaluer le tout. Quelles que soient les décisions qui en sortiront, elles feront jurisprudence et seront un carnet pour le processus électoral de 2015. Le sérieux, la crédibilité, l’équité au sein de ce CEP sont en jeu. Il y a aussi et surtout une définition de l’Haïtien qui sortira de la décision du CEP. En décidant qui peut être candidat, on donnera un signal clair dans l’interprétation que les Dominicains, les Bahamiens, les Brésiliens bientôt, et tous les pays de la terre donneront à des cas en souffrance chez eux. Plus qu’une simple affaire d’élection, de droit légitime à briguer un poste quand on le désire, le destin de millions d’Haïtiens est en jeu. La porte que l’on ouvre aux riches et aux puissants qui veulent s’installer au Parlement ou à la présidence fermera une fenêtre pour l’émigré qui cherche ou croyait s’être trouvé une place dans un pays d’accueil. Les décisions de cette semaine au CEP marqueront plus que la candidature de quelques-uns et les ambitions de quelques autres. Nous sommes en train de dire qui est haïtien, qui peut l’être. Ce n’est pas une petite affaire. Les élections et cette affaire de nationalité mettent face à face ceux qui rêvent de gouverner Haïti et ceux qui vont partout chercher la vie parce que les gouvernants, depuis toujours, ne peuvent pas leur permettre de gagner leur vie dans leur pays.