Des informations mal interprétées et mal relayées, fort souvent, peuvent causer de graves pépins aux acteurs économiques et avoir des répercussions dommageables sur le système économique. Pour éviter une telle situation, la BRH a préféré prendre les devants en conviant les journalistes de la presse parlée, écrite et télévisée, ayant l’habitude de couvrir des questions économiques et financières, à la formation qu’elle organisait à leur intention. Tout au long de cette formation, les quatre grandes missions de la banque centrale ont été passées au peigne fin. A savoir : responsable de la conduite de la politique monétaire, banquier et caissier de l’Etat, responsable des systèmes de paiement et responsable de la supervision des banques, des coopératives d’épargne et de crédit, et des institutions de microfinance. En ce qui a trait à la première mission, la banque centrale, a déclaré Fritz Duroseau, veut que le grand public comprenne dans quelle optique il lui est arrivé quelque fois de réduire les flux de liquidité de l’économie, ce qui, dans ce cas, rend le crédit plus cher. « La décision de resserrer les conditions de liquidité est prise au regard de certains déséquilibres, notamment celui au niveau de la balance des paiements du pays », a-t-il précisé. La BRH joue aussi le rôle de banquier et de caissier de l’Etat. « Banquier de l’Etat veut dire que l’Etat a des comptes qui sont domiciliés à la BRH, qu’il alimente et sur lesquels il fait des tirages. Caissier de l’Etat veut dire que la BRH a des guichets externes à travers lesquels certains paiements sont effectués à l’Etat, notamment les paiements d’ordre fiscal », a expliqué le responsable du conseil d’administration de la BRH. Comme 3e mission, la banque centrale est aussi responsable des systèmes de paiement, c’est-à-dire de tout ce qui concerne l’émission de billets de banque. Sur ce point précis, Fritz Duroseau a mis l’emphase sur le Système de paiements interbancaires haïtien (SPIH). Un produit mis sur pied par la BRH en 2007 pour augmenter l’efficacité du système de paiement et qui permet le transfert de fonds interbanque sur tout le territoire national en 24 heures. « Nos statistiques révèlent que le nombre d’utilisateurs du service SPIH a progressé considérablement. On a atteint près de 174 000 opérations SPIH en 2014 […], une grande évolution », constate Fritz Duroseau qui déplore cependant une certaine prédominance du cash dans l’économie. À cause notamment, dit-il, de l’insuffisance de terminaux de paiement électronique (TPE). « C’est un service bon marché […] Nous demandons à la presse de nous aider à faire la promotion du SPIH », a-t-il ajouté. La BRH est finalement responsable de la supervision des banques. Une mission qui rime avec préservation des avoirs des déposants et un système financier sain. Sur ce plan, nous dit Fritz Duroseau, la BRH a réussi à doter le pays d’un système bancaire bien capitalisé, bien géré et très rentable. En guise de progrès réalisé dans ce secteur, ce dernier a brandi l’accès à la chambre de compensation accordé à la chaîne des coopératives Le Levier. « Toutes les coopératives fédérées à Le Levier vont pouvoir émettre leurs propres chèques », a expliqué Fritz Duroseau. Dépréciation de la gourde, réserves de changes, désaffectation, etc. En sus de ce tour d’horizon sur l’essentiel du contenu de la formation dispensée aux journalistes, Fritz Duroseau a aussi évoqué quelques points saillants de l’actualité, notamment la dépréciation de la gourde, avant de fixer la position de la BRH concernant ces dossiers. Selon lui, la dépréciation de la gourde est causée par deux grands déséquilibres : déséquilibre au niveau des finances publiques et déséquilibre au niveau de la balance commerciale. En ce sens, les mesures prises par la BRH tournent autour de l’utilisation des instruments de politique monétaire. « Des bons BRH sont utilisés pour stériliser la liquidité excédentaire du système bancaire et pour rendre plus chères les conditions du crédit dans l'objectif de contenir la liquidité excédentaire sur la demande globale de l’économie et sur la demande de dollars », a indiqué Fritz Duroseau sur un ton docte. « La BRH, poursuit-il, intervient également sur le marché de changes à partir de ses réserves internationales en vendant des dollars pour réduire des déséquilibres en termes de déficit d’offre par rapport à la demande de dollars sur le marché. » Sur la baisse des réserves de changes, pas de panique. Fritz Duroseau rassure: « C’est normal que les réserves de changes baissent lorsque la banque centrale vend des dollars, parce qu’elles sont alimentées essentiellement par les appuis budgétaires externes », a fait savoir ce dernier. Cependant, ces réserves, prévient-il, sont affectées par les flux sortants de devises de l’Etat (paiement des représentations diplomatiques à l’étranger et paiement de certains fournisseurs du gouvernement). « Tout ceci a des incidences sur les réserves internationales officielles du pays », reconnaît-il. Par ailleurs, la BRH dit accueillir favorablement la réduction de la taille du budget national qui est censée être accompagnée d’une amélioration de la discipline fiscale et favoriser un cadre macroéconomique plus stable. Toutefois, Fritz Duroseau n’a pas voulu s’aventurer sur le terrain miné des investissements publics du gouvernement que certains ne jugent pas assez intelligents. « L’évaluation de l’efficacité des dépenses publiques n’est pas de l’ordre des compétences de la BRH », a-t-il sorti sur un ton sec qui n’admet aucune réplique.