Marco Rubio, candidat républicain à la présidence et sénateur de la Floride, n’est pas nécessairement connu comme un supporteur d’Haïti au Congrès américain.
Pourtant, il a franchi le pas cette semaine au moment où les Haïtiens attendaient, sur le qui-vive, pour savoir quels candidats prendraient part ou non à la course finale pour le scrutin présidentiel du 25 octobre prochain.
Ses actions ont pris la forme mardi dernier de plusieurs amendements liés aux élections en Haïti qui ont été approuvés à l'unanimité par la commission des relations étrangères du Sénat. L'action de Rubio a conduit certaines gens à se demander si le sénateur n’était pas en accord pour un candidat qui tentait d'éviter d'être disqualifié de la course, ou s’il essayait de renforcer son expertise sur Haïti.
« Le sénateur Rubio estime qu'il est important que le peuple haïtien ait la possibilité de choisir librement et équitablement ses dirigeants », a déclaré Brooke Sammon, la porte-parole de Rubio. « Le sénateur est heureux que le Département d'Etat va maintenant continuer à informer le Congrès sur l'état des élections en Haïti pour aider à assurer que le gouvernement haïtien soit en mesure de répondre aux besoins de ses citoyens. »
Les amendements apportés par Rubio, entre autres choses, conditionnent l’octroi des fonds américains à Haïti au rapport du Département d'Etat qui doit informer si les prochaines élections haïtiennes sont libres, justes et démocratiques pour la population d'Haïti, et qui doit rapporter les tentatives pour disqualifier des candidats pour des raisons politiques ».
Il n'a pas fallu longtemps pour que les Haïtiens commencent à discuter pour savoir si l'amendement de Rubio était destiné à supporter la candidature de l'ancien Premier ministre Laurent Lamothe, dont les partisans ont fait du lobbying auprès des membres du Congrès.
« D'une manière générale, les Etats-Unis ne veulent pas être dans une position perçue comme prenant parti dans les élections nationales en Haïti ou ailleurs à travers l'hémisphère », a déclaré Eric Farnsworth, vice-président du Conseil des Amériques et d’Americas Society, à propos de l'amendement. « L'intérêt principal est d'assurer un processus qui permette aux Haïtiens eux-mêmes de choisir librement et équitablement leur leader. »
Damian Merlo, conseiller principal de Lamothe, a déclaré que son camp n'a pas fait du lobbying auprès de Rubio. Pourtant, il affirme que ses amendements sont les bienvenus.
« Le Département d'Etat ne semble pas se rendre compte de la gravité de la situation et nous sommes heureux que le sénateur Rubio ait intervenu pour s’assurer que le Département d'Etat prête l’attention nécessaire à cette question urgente », a déclaré Merlo.
D’après Merlo, le Département d'Etat « ne peut pas rester les bras croisés et se dire que c’est une «question haïtienne. » « Des élections libres et équitables semblent improbables en Haïti si Lamothe est laissé hors de la course, et si les intérêts américains sont également en jeu. »
Roger Noriega, ancien secrétaire d'État adjoint pour l'hémisphère occidental, qui était présent dans la salle quand le projet de loi a été approuvé, s’est dit impressionné que les congressmen accordent une telle attention à ce qui se passe en Haïti.
« Compte tenu de l'investissement considérable consenti par les États-Unis en Haïti et les conséquences d'une crise politique », a déclaré Noriega, c’est une bonne chose que le Congrès insiste pour que le Département d'Etat garantisse de meilleures élections.
Lamothe a déclaré que son exclusion du scrutin est politique. Peu après la publication ce vendredi par le Conseil électoral provisoire (CEP) de la liste définitive des candidats agréés (58), confirmant sa disqualification faute de décharge.
Lamothe a tweeté: « La décision du CEP d'exclure les candidats de l'élection est antidémocratique, arbitraire et politiquement motivée. La victime principale est la démocratie ».
Ses 81 000 adeptes de Twitter ont eu des réactions mitigées.
Deux jours plus tôt, Lamothe et ses partisans ont tweeté l'amendement Rubio. Un journaliste haïtien a même annoncé que le Sénat américain se préparait à «punir le coup d'Etat électoral en Haïti.»
Jake Johnston, un associé de recherche avec un Centre de recherche économique et politique basé à Washington, a déclaré, en général, le fait pour les États-Unis de veiller à ce que les élections soient libres, justes et transparentes est un grand précédent à instaurer en Haïti, qui a eu des élections frauduleuses.
Article de JACQUELINE CHARLES
Traduit par Patrick SAINT-PRE
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