Les premiers compatriotes en provenance de la République dominicaine commencent à arriver sur le sol national. Lundi après-midi, tout près du Théâtre National, ils étaient plusieurs dizaines, déboussolés, débarqués de camions, avec âmes et bagages, cherchant la direction d'un nouveau domicile en Haïti, chez des parents, des amis.
Un journaliste du Nouvelliste a frémi devant le mauvais accueil que leur faisaient badauds et passants : « Retournez chez vous », « Dehors les déportés », « bande de Dominicains.»
Tout le long de la route de Carrefour, le spectacle était le même : des quolibets et des injures pour nos frères et sœurs revenus.
Dans les jours, semaines et mois qui viennent, si aucune entente n’est trouvée avec nos voisins, des convois similaires à celui de ce lundi seront légion, dans toutes les villes et dans tous les recoins du territoire il y aura des Haïtiens qui reviendront de leur périple en terre panyòl.
Sommes-nous prêts à les accueillir ? Dans la dignité et avec affection ? Sans une once de fiel sur les lèvres ou des litres d’envie au fond du cœur pour tirer les marrons du feu de leur détresse ?
Le gouvernement, dans la précipitation, monte comités et fait grand déploiement de bon vouloir, gageons que tout cela ne se termine pas dans de nouveaux scandales : des camps de tentes, des transactions sur la misère et un gâchis comme après le séisme avec des ONG et des karanklou de tout poil, tout plumage.
Ce qui fait défaut, et la crise qui commence le souligne déjà, c’est la projection d’une image digne pour ceux qui nous reviennent, c’est de la sécurité pour les caravanes des revenants qui ramènent leurs économies et leurs meubles. C’est un regard, de la compréhension, pas la pitié.
Ce qui manque c’est un Etat à l’écoute, pas un Etat pilleur de misères, qui cherche la rapine à faire de la détresse des déshérités du sort.
Nous sommes en 2015, le siècle des retours est jeune. De partout de la région, des Haïtiens seront, un jour ou l’autre, forcés de revenir au bercail, il est temps que la société civile et les médias s’attellent à projeter une autre image de nos diasporas. De toutes nos diasporas. Pour éviter les déchirements internes qui sont encore plus durs à vivre que le fait d’être chassé d’un pays d’accueil que l’on a cru sien.
Oui, cette diaspora de Saint-Domingue, comme nous appelons la République voisine, fait aussi partie de ceux qui nous envoient de l’argent et font tourner la boutique nationale. Leurs économies ne sont pas aussi pansues que celles de ceux d’Amérique du Nord, mais, eux aussi, braceros, travailleurs dans le secteur de la construction, artisans ou bien installés dans l’industrie de l’hospitalité et du tourisme, font ou faisaient vivre des parents en Haïti avant que, de tètchaterie en timounerie, nos autorités ont fait foirer l’équilibre et la détente qui existaient depuis des décennies entre les deux pays.
Le travail d’éducation est à faire, nous avons échoué à protéger nos fils et nos filles partis, au moins accueillons-les comme les nôtres.
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