Jean Reynold Jean-Pierre Au XVIIIe siècle, le géographe anglais Malthus conseillait de limiter les naissances pour les maintenir au niveau des subsistances. Il avait donc pris le contre-pied de Jean Bodin qui écrivait au XVIe siècle : « Il ne faut jamais craindre qu’il y ait trop de sujets ou de citoyens, vu qu’il n’y ait richesses ni force que d’hommes ». Donc pour ce géographe français, il était question de peupler la terre et de la dominer. Il abondait dans le sens des écritures bibliques : croissez et multipliez la terre. À l’heure actuelle, de telles conceptions, de telles thèses populationnistes, semble-t-il, sont dépassées. Car pour freiner cette accélération de l’accroissement démographique, les hommes d’aujourd’hui ne savent plus à quel saint se vouer. Près de 8 milliards actuellement ! Et les trois quarts dans le tiers- monde. À un tel rythme, en l’an 2200 la terre aura 170 milliards d’habitants. Alors, chaque être humain aurait à peine 1000m2 de terre émergée. C’est de la science-fiction, n’est-ce pas ? Ne vous en faites pas. De toutes les façons, pour répéter Couet et Brémond, « il se sera passé « quelque chose » bien avant ». En attendant, l’explosion démographique qui touche principalement les pays sous-développés est une source d’inquiétude pour les puissances occidentales. La population mondiale s’accroît plus vite que les ressources alimentaires. Et Dieu n’intervient jamais ! Se bon pou Jean. Les religions nous ont conçu un Dieu gendarme, protecteur, défenseur des faibles, un Dieu punisseur, miséricorde qui est finalement tout, sauf ceux-là. Ou du moins, ce Dieu, tel que certains le conçoivent, ne s’immisce pas dans les affaires des humains. Et c’est peut-être là qu’intervient la notion de « libre arbitre ». Donc, notre esprit déjà débile et façonné de plus par les préceptes religieux nous a conduits à L’imaginer, à Le créer, à L’inventer, tout en Lui décernant un pouvoir dictatorial à la manière des Romains dans l’Antiquité en vue de protéger la nation en cas de danger venu de l’extérieur, et pour maintenir la cohésion sociale, pour empêcher les dérives. Mais au lieu de nous servir comme arbitre impartial, Il garde un silence de mort. Alors tant pis pour vous si vous continuez à grouiller, à forniquer, à copuler pour peupler la terre tout en ayant le diable en poche. Se bon Dieu ki bay. Pourquoi alors à chaque naissance, Il ne place pas à la banque ou sous votre oreiller une somme alléchante pour le bien-être de cet enfant? Or, tel n’est jamais le cas. Dans la majorité des cas, c’est la souffrance, la misère qui sont au rendez-vous, les humiliations qui augmentent. Alors pour résister, ce sont des jeûnes quotidiens, des séances de prières sempiternelles pour essayer d’amadouer ce Dieu miséricordieux, ce Dieu charitable créé de toutes pièces par notre imagination fertile mais combien fébrile et puérile. Et, avec le ventre creux, des coups d’Alléluia, des Amen, des Aïbobo à n’en plus finir pour espérer un miracle. Que de blasphèmes, que d’outrages à la Magistrature, envers Celui à qui nous avons déféré un pouvoir absolu ! En tout cas, encore une fois, tant pis pour vous : laissez faire Venus et vous aurez Mars, pour parodier Henri Bergson. Actuellement, en Europe occidentale surtout, l’immigration suscite, alimente le racisme, la xénophobie, après avoir pillé le tiers-monde par l’esclavage et le colonialisme, et aujourd’hui avec leur mondialisation et leur globalisation qui renforcent la puissance économique des pays riches et rendent la situation encore plus précaire dans les pays en développement. Alors que faire ? Pourquoi pas une troisième guerre mondiale? Les deux premières avaient largement retardé la croissance démographique et aidé l’humanité à progresser sur bien des points. Et puisqu’un tel affrontement, une telle folie suicidaire n’est pas à l’ordre du jour (avec les bombes atomiques, nucléaires, c’est l’équilibre de la terreur, il n’y aura ni vainqueur, ni vaincu), plus d’un se demande si le peu d’engouement ou d’empressement exprimé par les grandes industries pharmaceutiques pour trouver une solution définitive pour guérir le sida ne rentre pas dans le cadre d’une politique de diminution démographique – aussi cynique que cela puisse paraître – d’autant plus que ce mal ravage surtout les pays pauvres. En tout cas, il convient de remarquer que le sida a sans doute aidé l’humanité à démentir les prévisions démographiques alarmantes (grâce à l’utilisation des préservatifs). En effet, selon les estimations, on s’attendait qu’avant la fin du XXe siècle, la population mondiale atteigne 8 à 10 milliards d’habitants. Tel ne fut pas le cas. De même, à partir des années 80 surtout 90, ce fut un politique tous azimuts engagé par les dirigeants du tiers-monde, pressurés par les grandes puissances pour porter leurs citoyens à pratiquer le planning familial, au risque de leur couper les vivres, de les éliminer de la course. À ce sujet, le Dr Garrett Hardin, de l’Université de Californie, a cherché à répandre aux U.S.A. ce qu’il aime appeler « la morale du canot de sauvetage », c’est-à-dire certains doivent être jetés par-dessus bord sinon tout le monde coulera. Il a été rejoint dans sa croisade par le Dr William Paddock qui renchérit : Nous devons laisser les gens mourir de faim dans les pays qui n’ont pas réussi à réduire leur taux de natalité…Il fut applaudi par le Dr Joseph Fletcher, théologien et auteur de Situation Ethics qui estime que « toute action, même criminelle, peut devenir juste selon la situation ». De son côté, M. Denny Ellerman, représentant le Conseil National de Sécurité, laissait entendre : « Le fait que, dans certains pays, les habitants meurent de faim n’est pas une raison suffisante pour leur apporter une aide alimentaire ». Du cynisme, n’est-ce pas ? Que dire alors du discours de l’ancien ministre de l’Agriculture américain, Clinton P. Anderson, qui déclara sans ambages devant une commission du Congrès : « Nous sommes dans une position d’une famille qui possède une portée de chiots : nous devons décider lesquels seront noyés ». Et quand nous savons qu’aux U.S.A. tout change, sauf ceux et celles qui détiennent le pouvoir politique et la façon de gérer ce pouvoir, c’est-à-dire l’État, par conséquent le tiers-monde n’est pas au bout de ses peines. Il y a donc différentes façons de réaliser un génocide, tout en continuant à ramasser des milliards avec les industries pharmaceutiques et d’armements, n’est-ce pas ? Jean Reynold Jean-Pierre Professeur d’Université - Historien