Située à environ 15 km, au nord de Port-au- Prince, dans
la localité de Bon – Repos, Canaan est une vaste agglomération qui est,
selon certains, née sous l’influence d’un hasard, mais pour d’autres,
de nos inconséquences, pour n’avoir jamais su adopter une meilleure
politique d’urbanisation. En effet, à la faveur du puissant séisme
du 12 janvier 2010 qui avait coûté la vie à plus de 250 000
de nos compatriotes et laissé 1,5 million d’autres sans-abri,
sans capitaux, ni capitale, sur ces entrefaites, le besoin de
fuir cette cruelle réalité, de se loger notamment, s’imposait.
Le gouvernement d’alors, face à l’ampleur de cette catastrophe
inattendue, dépassé par les événements, avait déclaré, dans un arrêté,
la zone de Canaan d’utilité publique. La population victime, au comble de ses déboires et de ses désespoirs, ne trouvait aucune autre alternative immédiate que de se ruer vers ce territoire jusque-là quasi inhabité et sans la moindre infrastructure de base.
Une fois arrivés, les gens coupent le peu d'arbres dépourvus de feuilles qu’ils y trouvent pour ériger des maisons de fortune.
Informés de cette décision du gouvernement, des individus, qui s’étaient déjà rendus dans leur région d’origine, épargnée par le tremblement de terre, reviennent s’y installer. Au fil des mois, des constructions de maisons en béton ,en dehors des normes parasismiques, commencent à être observées. Encore un nouveau bidonville vient s’ajouter à la longue liste de quartiers anarchiquement construits dans le pays !
L’absence de l’État à travers les besoins primaires tels que l’eau potable, l’électricité, les centres de santé, la police… ces tout nouveaux résidents à s’organiser tant bien que mal. Ils ont pu, grâce à leurs cotisations, y faire entrer l’électricité. Certains d’entre eux, possédant une certaine capacité économique, ont construit des réservoirs d’eau pour ensuite en revendre au détail à la population, un élément ô combien précieux! destiné a tellement de tâches, que ce soit ménagères, à l'hygiène individuelle, à la consommation ou autres.
Cependant, malgré cette forme d’organisation que se procure la population en vue d’un mieux – être, il est àdéplorer que le paysage de la zone soit assez évocateur de l’insouciance , du mépris total de l’État vis-à-vis d’elle. Il n’y a presque pas d’arbres, les mornes périphériques sont dénudés ; la plupart des familles sont privées de latrines.
Il suffirait de quelques minutes d’observation pour se poser la question suivante: Comment des individus peuvent –ils vivre dans un espace aussi invivable ? une terre poudreuse qui donne la sensation de se trouver dans un desert? Le vent, qui souffle constamment, soulevant la poussière, emportant dans les maisonnettes, sur le visage des gens, des bactéries qui ne seront sûrement pas sans conséquence, contraint ainsi ces derniers qui sortent de chez eux à se couvrir la tête, ou à porter une étoffe par – dessus leurs vêtements comme pour se préserver contre ces assauts répétés de la poussière aidée du vent.
Et que dire des enfants, des écoliers entre autres, exposés eux aussi à cette dure réalité ? Là aussi et surtout, la pénibilité est très flagrante. Il faudrait être infirme du cœur pour ne pas être touché de voir des enfants, revenant de l’école, recouverts totalement de poussière sous un soleil de plomb, en lutte constante avec le vent, regagner leurs maisons respectives où leurs peines vont encore continuer sous d’autres formes.
Au niveau sécuritaire, Canaan est très vulnérable, puisque la police y est quasi absente. Les habitants sont livrés à eux-mêmes et sont parfois obligés de se substituer à la police en mettant sur pied des brigades de vigilance pour faire échec aux velléités des voleurs opérant la nuit . Même si, hélas, il arrive que leurs interventions, en maintes occasions, débouchent sur des exécutions sommaires.
En tout cas, s’il faut résumer la vie à Canaan, on dira que c’est une zone très nécessiteuse dont le nom est totalement en désaccord avec sa réalité, où les habitants sont privés de beaucoup de leurs droits les plus élémentaires. On retiendra aussi que des espaces récréatifs, une vraie école professionnelle, un auditorium à la disposition des jeunes, pour qu’ils puissent mettre en évidence leurs différents talents, y font cruellement défaut. Qu’attendent les autorités pour faire de réelles interventions dans la zone? Ne serait-on pas en train d’affliger une autre peine aux gens, après celle d’il y a cinq ans?
Jules André E. Junior VINCENT
Email : julesandrevincent@yahoo.fr
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