On voudrait que les nouvelles soient bonnes, elles vont comme elles viennent. La même semaine, on a appris que le gouvernement de la République d’Haïti va placer l’agriculture au centre de ses priorités, que les étudiants de la Faculté d’agronomie sont en grève prolongée et que le ministre titulaire du portefeuille de l’Agriculture s’est fait rosser. Le budget national, selon un plan repensé, va prendre un tournant agricole. Le gouvernement a tenu tout un séminaire sur le sujet. L’éducation n'a pas passé l'examen, vive l’agriculture! L'agriculture sera la locomotive retenue pour porter la croissance économique dans le prochain budget. Les septiques se sont dit : un plan de plus, une lubie nouvelle qui ne sera pas éternelle plus longtemps qu’après les élections. Ceux qui connaissent le secteur agricole et l’observent depuis la grève des étudiants-agronomes contre les Américains au premier tiers du XXe siècle se sont dit que les « agrovores » vont bouffer tous les fonds sans se lever de leur chaise et faire de Damien un plus grand avaleur de projets sans lendemain. En fait, on ne savait pas que la trame du pire se déroulait dans les coulisses. Le ministre de l’Agriculture, des Ressources naturelles et du Développement rural se retrouve au centre d’un partage compliqué des ressources de son ministère et cela ne plaît pas à une autorité haut perchée. Des coups ont été lancés contre le ministre. Cela fait des décennies que l’argent des projets agricoles est siphonné par des ayants droit qui n’ont rien à faire et ne font rien dans l’agriculture. Comme si cet étrange déballage ne suffisait pas, les étudiants de la Faculté d’agronomie se battent pour décrocher un stage au ministère qui, selon le décanat de leur institution, « n'est pas prévu dans le curriculum de l'établissement ». La course aux avantages des uns et des autres serait liée aux conditions d’accession au poste de ministre du titulaire actuel. Une grève avait chassé le ministre précédent et des promesses généreuses avaient été faites. À Damien, les Pierette font toujours tout pour faire croire qu’ils délivreront sans encombre les espérances qu’ils suscitent dans ce pays qui fut, il y a fort longtemps, essentiellement agricole. Les uns après les autres, les experts et les petits malins échouent. Avec moins de 10% de la valeur de nos exportations et une part en diminution constante dans la composition du PIB d’année en année, on ne sait pas si l’agriculture peine à rencontrer ses potentialités ou va continuer en chute libre quoi qu’on fasse. En attendant, les importations de produits agricoles explosent. La faim menace un Haïtien sur deux. Les agronomes, grands rapaces du système, n’inspirent pas confiance. Et c’est peu dire. Eux et le secteur agricole doivent faire un vrai mea culpa et chercher à se réinventer avant que, les yeux fermés, on leur délie les cordons de la petite bourse de la République. À Damien, on voudrait que les nouvelles soient bonnes, elles sont mauvaises comme d’habitude et en toutes saisons.