Ces jours-ci, notre attention est assaillie. On a le choix des crises. Des vraies comme des fausses. Même si dans le faux, il y a toujours du vrai. Et vice-versa. Dans les jours à venir, certaines crises vont se développer, d’autres se résorber. Gardez la tête froide. Il y a une crise électorale qui se noue sous nos yeux. Elle n’a ni nom ni épithète. Elle se cherche. Tous les éléments sont en place. Un Conseil électoral tout-puissant. Un président en campagne sur le char de l'Etat. Un parti au pouvoir qui veut y rester. Cent partis sans pouvoir qui veulent y accéder. Aucun plan ni discours dans aucun camp. Il y a une crise migratoire. Elle est en ombre chinoise. Elle concerne des centaines de milliers de personnes. Elle est inventée de toutes pièces, mais cimentée par des haines tenaces. Toutes les parties l’alimentent, mentent sur les statistiques, mais volontairement, contraints et forcés, par peur ou par précaution, les Haïtiens quittent la République dominicaine. Retournent chez eux. Il y a une crise diplomatique. Sans un leadership clair, sans plan de bataille, sans objectif, Haïti s’apprête à affronter des tourments sans nom. Pour avoir trop joué avec le feu, le temps est venu de payer le prix de nos escapades de l’autre côté de la frontière. Pour avoir donné aux voisins le goût de tout nous vendre, il nous devient de plus en plus difficile de fermer la barrière. La diplomatie devra se casser la tête pour trouver une issue au gâchis de ces dernières années. Il y a une crise du taux de change. Parce que l’économie haïtienne a des problèmes structurels réels, et que la conjoncture y est propice, parce que toutes les monnaies au monde se font attaquer, et que les requins rôdent autour de nous, la gourde souffre. Elle s’effrite. Il n’y a pas de limite. Il faudra qu’on apprenne à s’ajuster, palier par palier. Plus grave que la crise du change, la crise alimentaire, la crise agricole ou la crise sociale, il y a la crise économique. Elle s’enroule autour des autres, les provoque, s’en alimente, y puise les ferments qui la régénère. La crise économique, ici comme ailleurs, arrive, s’installe et s’en va. Sauf qu’ici, elle nous visite trop souvent. A cause d’elle, nous avons les mains pleines. Haïti aux mains vides n’est pas Marie pleine de grâce, mais pleine de crises. A l’affût, comme dans une nouvelle version de la fable Le corbeau et le renard, la communauté internationale se pourlèche les babines dans l’attente de notre chute prochaine. Gardez la tête froide.