Il y a de cela cent ans, ce 28 juillet 2015, des troupes américaines débarquaient en Haïti pour nous occuper pendant 19 ans. Un siècle plus tard, c’est le monde entier qui est au chevet d’Haïti à travers une mission de maintien de la paix de l’Organisation des Nations Unies (ONU). Les Etats-Unis demeurent cependant la puissance dominante sur l’échiquier haïtien.
Les prétextes du début du XXe siècle sont les mêmes qu’au début du XXIe siècle pour nous imposer la présence de troupes étrangères sur notre sol : nous ne pouvons pas vivre en paix entre nous, nous représentons une menace pour la stabilité de la région.
Quand on regarde les statistiques, Haïti n’est ni le plus violent, ni le plus volatile des Etats du monde. Nous avons le malheur d’être situé géographiquement là où nous sommes et d’avoir un voisin puissant. Cela dure depuis un siècle et rien n’indique que la perspective changera dans les années qui viennent.
Si au XXe siècle les Etats-Unis d’Amérique, au nom de la doctrine de Monroe, voulaient établir son pré carré dans son arrière-cour et soustraire Haïti à la prépondérance des puissances européennes, aujourd’hui la menace que nous représentons est avant tout celle continuée par les boat people qui peuvent en deux tours de rames débarquer sur leurs côtes et faire de la Floride une facile terre promise. Pour prévenir tout afflux de migrants, les USA contrôlent tout en Haïti au plus près que possible.
La philosophie du Département d’Etat américain pour fixer la politique étrangère des Etats-Unis vis-à-vis d’Haïti trace des objectifs clairs : nous contenir ; prévenir que nous soyons un foyer de maladie pour les centaines d’Américains d’origine haïtienne qui fréquentent le pays et empêcher que le pays ne soit un foyer potentiel de risque terroriste et de trafic de drogue.
Lors d’une conférence présentée à l’université Quisqueya en mars 2013, l’ambassadeur d’Haïti à Washington, Paul Altidor, a présenté un autre pan de l’image du pays aux USA : « Haïti fait partie des pays qui représentent une menace pour les Etats-Unis parce qu'elle fait face à la pauvreté, à l'instabilité politique, aux trafics d'êtres humains, à des problèmes environnementaux et est vulnérable aux catastrophes naturelles, selon les critères retenus par la diplomatie américaine ». Le Nouvelliste avait fait un résumé de la conférence dans un article titré : « L'ambassadeur d'Haïti aux USA dissèque les relations entre les deux pays ».
Cette conférence était une première par le fait de la disponibilité de l’ambassadeur à l’animer et pour la pertinence des propos tenus ce jour-là. Pour une rare fois, de bonne source, on avait la perspective américaine d’Haïti.
Se basant sur le "Document stratégique sur Haïti " publié par l'administration Obama, le conférencier avait fait une analyse des relations entre les deux pays comme elles sont perçues et articulées par les autorités américaines.
Le recours à la guerre et à la diplomatie n'étant plus suffisant pour maintenir la puissance américaine selon la configuration du monde d'aujourd'hui, le Département d'Etat expérimente une nouvelle formule axée sur le développement international, disait l’article.
« Le développement est aujourd'hui élevé au même niveau d'importance aux États-Unis que la défense et la diplomatie », prévenait l'ambassadeur, se référant au document produit par les autorités du Département d'Etat.
Si on sait tout cela, peut-on dire qu’Haïti œuvre pour sortir de l’emprise américaine ou pour en bénéficier au meilleur de ses intérêts ?
Plus de trente ans après le départ des Duvalier, force est de constater que la doctrine diplomatique du pays vis-à-vis de son puissant voisin peine à se définir.
Duvalier faisait tout pour rester au pouvoir. C’était son but dans ses relations avec les Américains. Quel est le but de l’actuelle administration et quel est celui de chaque candidat qui aiguise ses ergots pour aller se poser sur la chaise présidentielle ?
Cent ans après 1915, la question de ce que nous voulons est encore d’actualité, alors que de partout les autres nous imposent leur quatre volontés.
Frantz Duval, Journaliste
Redacteur en chef
Le Nouvelliste www.lenouvelliste.com
Directeur Ticket Magazine
Directeur Magik 9 (100.9) www.magik9haiti.com
Twitter: @Frantzduval
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