L’Union européenne a une mission d’observation électorale déployée dans le pays. La mission s’est présentée et a fait une mise au point : elle est là « uniquement (pour) observer et non pas (pour) se verser dans l’interprétation et la manipulation des résultats des urnes ». Cette déclaration est l’assurance donnée par le chef de la mission d’observation électorale de l’UE en Haïti, Elena Valenciano. Elle promet que la mission qu’elle dirige saura respecter son mandat qui est « uniquement d’observer et non pas se verser dans l’interprétation et la manipulation des résultats des urnes ». Louis Joseph Olivier avait recueilli ses propos. L’Organisation des États américains est aussi sur le terrain. Elle a signé, à la demande du président Michel Martelly, un accord d’observation électorale avec le gouvernement du Premier ministre Évans Paul. Jusqu’à présent, cet accord n’a pas été rendu public dans son intégralité. L’OEA n’a pas fait de déclaration solennelle pour circonscrire le périmètre de son action. Des organisations de la société civile haïtienne sont également impliquées dans l’observation électorale. Sous un nouveau sigle, d’anciens acteurs vont chercher à se faire une place au soleil. Pour bénéficier de l’argent de la communauté internationale, ces récidivistes de l’observation électorale sont rarement en désaccord avec les bailleurs. Ils s’agitent et s’alignent en dernier ressort sur les observations de leur tuteur. Comme l’OEA, et à l’inverse de l’Union européenne, les observateurs haïtiens n’ont cru nécessaire ni de faire un mea culpa pour leur implication dans le micmac de 2010 ni de prêter serment d’honnêteté et de non-manipulation pour 2015. Les élections de cette année vont donc se dérouler sous les yeux vigilants du Conseil électoral, du gouvernement haïtien, de plusieurs catégories d’observateurs et de tous les Haïtiens. Dans l’histoire de nos élections depuis 1990, il y a deux modèles de scrutin: les élections aux résultats si probants que le poids des observateurs est marginal et les élections sans passion, sans grande participation où les observateurs s’arrogent le droit de décider, un peu ou totalement, à la place des votants. Qu’en sera-t-il le 9 août ? Après le sommet de manipulation atteint en 2010, il est certain que le 9 août ne sera qu’un tour de chauffe pour les observateurs. Ils vont sans doute laisser faire. Il faudra surtout les surveiller pour les autres tours qui s’annoncent. Les enjeux seront plus importants et les tentations plus grandes de part et d’autre. Laisser observer ses élections est une assurance supplémentaire pour la tenue de bonnes élections. Haïti n’est ni le premier ni le seul pays à se laisser ainsi ausculter, analyser, prescrire des correctifs pour un processus appelé à recommencer périodiquement. Haïti, en 2010, était livrée à des fraudeurs et à des observateurs tout-puissants. On connaît la suite et les conséquences : une répartition arbitraire, aléatoire et fantaisiste des postes électifs concoctée par Edmond Mulet de l'ONU, les ambassadeurs de nos grands pays amis et l’Organisation des Etats américains. Michel Martelly avait lui-même reconnu en 2010 que « tout moun te fè ti vòlè ». Les candidats, les partis, le CEP et les observateurs. Gare à la récidive en 2015!