Il y a tout un ensemble de facteurs qui détermine le vainqueur d’une élection, pour un candidat comme pour un parti politique. Il y en a qui sont visibles, compréhensibles, mesurables. Il y en a d’autres qui sont subjectifs. La victoire est un mélange qui change de formule à chaque élection. Mauvaise ou bonne élection.
Prenons pour acquis qu’une élection se passe bien, sans problème, sans fraude, sans correction des résultats. Prenons que tout est en place à l’issue d’une campagne électorale exemplaire. Si un parti n’a pas sur le terrain un réseau de mandataires bien organisé, il peut tout perdre le jour du vote.
Si le jour du scrutin un parti ou un candidat ne gère pas ses mandataires, oublie de les nourrir, de les chérir, de les payer, le parti ou le candidat peut passer de gagnant à perdant, au moment du décompte quel que soit le nombre de votes exprimés dans les urnes.
Des mandataires mécontents ou récupérés par l’adversaire peuvent fermer les yeux ou laisser faire et constater, sans dire un mot, la défaite remplacer la victoire dans leur propre camp.
Les mandataires sont les yeux et les oreilles des candidats et des partis politiques dans chaque bureau de vote. Ils surveillent les trois membres choisis par les partis politiques qui constituent le bureau de vote et le comportement des votants. Ces membres des bureaux de vote sont responsables des opérations de vote et du dépouillement du scrutin, sous les yeux et la supervision des mandataires.
Selon l’article 156 de la loi électorale en vigueur, les mandataires des partis, groupements politiques ou candidats indépendants sont clairement identifiés et munis de carte d’accréditation régulièrement délivrée par le Conseil électoral provisoire. Après avoir passé la journée dans le bureau de vote, le mandataire assiste au dépouillement du scrutin qui se fait immédiatement après la clôture du vote sans interruption (article 162). Le procès-verbal de dépouillement est dressé puis signé par les membres du bureau de vote et par les représentants de parti (article 168). Ils ont un vrai travail à abattre.
L’article 168.1 dispose: « Si le mandataire d’un parti ou d’un groupement politique reconnu, d’un cartel ou d’un candidat refuse de signer le procès-verbal de dépouillement, mention en est faite des motifs évoqués ou allégués pour exprimer ce refus de signer… ». «…Si la majorité des représentants de partis, groupements politiques participant aux élections refusent de signer le procès-verbal, le superviseur principal en est immédiatement saisi et intervient sans délai pour résoudre le problème. Si le problème persiste, le procès-verbal en fait mention et contient les réserves de la ou des partie(s) opposante(s). Ce procès-verbal est visé par le superviseur. »
Deux (2) originaux du procès-verbal sont destinés aux représentants ou mandataires des partis politiques apparaissant respectivement en première et deuxième position; en cas d’égalité de voix entre deux candidats en deuxième position, il est tiré au sort par le bureau, celui qui recevra le dernier original du procès-verbal disponible et mention en est faite audit procès-verbal ». Cette disposition de l’article 169 – e est faite pour permettre aux gagnants de chaque bureau de vote de pouvoir prouver plus tard qu’il a bien été le gagnant. Cette disposition donne un pouvoir aux mandataires que certains ne soupçonnent pas. C’est ce procès-verbal par bureau qui fait souvent l’objet de toute sorte de marchandages. Voler ou remporter une élection commence par mettre la main sur ces procès-verbaux.
Les mandataires et représentants des partis politiques ont aussi accès au « Centre de tabulation », destiné à la saisie et au traitement des procès-verbaux à titre d’observateurs et selon les procédures dudit Centre pendant toute la durée du traitement des données (article 171).
Selon l’article 175 de la loi électorale, « un candidat ou son mandataire peut contester, dans les soixante-douze (72) heures qui suivent l’affichage des résultats, l’élection d’un autre candidat : a) Si le vote, le dépouillement du scrutin ou la rédaction des procès-verbaux a été fait de façon irrégulière et non conforme au présent Décret ; b) Si des cas de fraudes électorales ont été documentés». Pour bien le faire, il faut avoir été présent dès le début et dans chaque bureau de vote.
Pour surveiller une élection en bonne et due forme, chaque parti politique devrait disposer d’autant de mandataires qu’il existe de bureaux de vote. Il faudrait aussi penser à des suppléants, à des superviseurs. Quand on sait qu’il existe plus de dix mille bureaux de vote et que personne ne peut certifier le nombre de membres ou de sympathisants dont dispose un parti politique en Haïti, on comprend qu’il est plus facile de contester bruyamment une élection que de présenter des preuves de fraudes.
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