« L'État n'a pour parti et candidat que le pays : Haïti #HaïtiElections ». Celui qui a fait cette proclamation sur Twitter le 31 juillet dernier est Evans Paul, premier ministre de la République d’Haïti. Le PM venait de s’exprimer en ce sens lors d’une conférence de presse pour faire le point sur les dispositions arrêtées pour garantir le bon déroulement des élections. Le 5 août, en participant à une émission sur Télé Ginen, le compte Twitter officiel du premier ministre a rapporté ses propos : « Aujourd'hui, je me garde de ne faire la promotion d'aucun #candidat. #BatiAyiti #Haïti ». Au nom de l’Etat, dont il conduit la destinée, et en son nom propre, Evans Paul a été clair lors de ses deux déclarations. Il promettait de rester au-dessus de la mêlée électorale. La position du PM tranchait avec celle du président de la République qui, lui, veut peser sur l’avenir de sa formation politique. A Martelly la campagne, à Paul la retenue, pensait-on. Quelle n'a pas été la surprise des observateurs de voir Evans Paul, dans son costume de premier ministre, allant et venant sur un podium, le 7 août, au carrefour de l’aéroport! Le chef du gouvernement prenait part à un meeting électoral, entouré du président Michel Martelly, de la présidente du Parti Haïtien Tèt Kale (PHTK) et des candidats de ce parti aux élections du dimanche 9 août. Le podium était floqué aux couleurs du parti, avec le slogan de sa campagne : « Nou fenk kare travay ». Le numéro de ses candidats : 5 et le logo : le poing fermé. Quand son temps de parole est venu, le premier ministre a fait de son mieux pour essayer de se montrer neutre. Son discours, devant la foule réunie, et retransmis en direct à la télévision, s’est conclu par un appel adressé à tous les électeurs à prendre part dimanche au scrutin. Il a demandé de voter, de voter pour qui on veut, mais les images de lui et de Michel Martelly, bras dessus, bras dessous ou les bras levés, lançaient un message clair et partisan. A quelques heures de la fermeture officielle de la campagne électorale, le premier ministre haïtien a-t-il succombé à la tentation ? L’attrait de rester au pouvoir est-il une attraction irrésistible plus forte que le respect des principes ? Après s’être affiché en campagne une fois, Paul pourra-t-il refuser de continuer ? Pour clôturer la soirée du vendredi 7 août, le président Michel Martelly, égal à lui-même, mais sans tomber dans les excès, a prononcé un speech. Des orchestres se sont produits. Des ballons ont été lancés dans la foule. Le premier ministre est resté jusqu’à la fin d’une fête sans triomphalisme. Evans Paul devra dorénavant continuer à danser, à bien danser pour mener à son terme le processus électoral. La période électorale s’annonce encore longue. Après ses promesses mille fois répétées de conduire les élections à bon port, le premier ministre ne s’est-il pas fragilisé en cette toute fin de campagne pour le premier tour ?