Cet homme est incontestablement une belle image, une exceptionnelle image de l’honnêteté, cette vertu cardinale qui prend sa source dans les grands principes : Henri Bazin. À l’instant même ou Frantz-Gérard Verret m’a appris le grand saut de ce modèle hors pair vers l’éternité, j’ai le plus naturellement du monde oublié tout mon être pour laisser au sien toute la place dans mon esprit et dans mon âme. J’avais toujours eu une admiration rarissime et densément muette, traduite en quatre ou cinq fois dans ces poignées de main échangées seulement par les fils fidèles de certaines grandes familles haïtiennes, éternelles gardiennes des valeurs qui honorent l’humanité.
« La fin de celle-ci, c‘est de produire des hommes achevés », répète-t-on dans la classe hypernoble des humanistes. La majorité de ceux qui le connaissaient étaient confortés dans cette vision, c’était pas la faute à son humilité, qu’il avait atteint la certitude de l’achevé… Nous en étions tous heureux, d’autant plus qu’il était doté de cette sérénité qui est la plus belle parure des âmes supérieures.
Très bientôt, je vais choisir un espace de choix de la bibliothèque SOCRATE-FIRMIN, à Delmas 19, pour honorer son image et son nom. Chroniqueur, depuis quelques décennies, de la remise en valeur des valeurs pour la renaissance d’AYITI et la refondation de l’État, je remercie le doyen de la presse, le quotidien «Le Nouvelliste», d’avoir montré le chemin en lui consacrant sa manchette, combien significative, du 5 août : « Henri Bazin, homme honnête, est mort ».
Attention ! il ne s’agit pas là d’un simple titre. Le célèbre journal a voulu souligner, d’une façon magistrale, que l’honnêteté doit être vraiment le plus grand titre de gloire d’un homme qui était resté fidèle à lui-même toute sa vie. C’est dire que l’homme de bien avait définitivement supplanté l’excellent ministre de l’Économie et des Finances, le professeur très réputé, le haut fonctionnaire international (qui avait tellement brillé hors de nos frontières) et le conseiller de plusieurs gouvernements africains.
J’aime éperdument la leçon : personne ne s’était attardé à coller à son nom un de ces «chapeaux» : docteur, professeur, spécialiste, économiste… Sa réputation d’honnêteté ayant gagné tous les milieux, il n’avait jamais besoin de se présenter ni de claironner son credo ou son idéal d’intégrité.
Henri Bazin était une médaille d’or de première grandeur de ce qui est resté de notre société. Il était, pardon il est, cette école que les gens sensés sont appelés à faire prospérer pour le plus grand bien de la République à venir. Il me paraissait attentif au regard perspicace qui permettait de lire sa vérité. À chaque fois que cela arrivait, il souriait imperceptiblement, puis prenait calmement congé de son admirateur, dont la joie allait durer quelques bonnes minutes après.
Henri Bazin me fait penser à mon grand-cousin, l’illustrissime ambassadeur Georges Salomon, qui ne forçait jamais la note. Ils étaient de la même génération, aussi brillants que discrets dans les excellents services à l’État. Ils étaient, tous les deux, des patriotes extraordinaires.
Quand AYITI sera AYITI, la jeunesse haïtienne studieuse fréquentera une UNIVERSITE HENRi BAZIN, une UNIVERSITE GEORGES SALOMON, une UNIVERSITE LESLIE MANIGAT.
Une fois n’est pas coutume, ce petit billet ne peut s’achever que par une poignée de main… comme celle dans laquelle nous avions exprimé nos civilités, et une grande amitié, à la sortie de l’église du Sacré-Cœur après la messe de Pâques… en 2014 ou en 2015, je ne m’en souviens plus, pardonnez-moi.
5 août 2015
Bibliothèque SOCRATE-FIRMIN
N.B. Merci et coup de chapeau au rédacteur en chef Frantz Duval qui a campé l’homme et le personnage dans toute leur vérité.
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