Tout comme on ne peut pas demander à une mère de juger de la beauté de son bébé, on ne devrait pas demander au Conseil électoral de Pierre Louis Opont de donner son opinion sur le scrutin du 9 août. Le Conseil électoral a planifié, conçu et enfanté l’élection imparfaite de ce dimanche. Et pourtant, le pays entier a dû se résoudre à écouter la voix de stentor du président du Conseil électoral nous dire que « tout va bien » après la journée de dimanche. Le président du CEP nous avait dit, quelques heures plus tôt, que «tout était prêt» pour organiser les élections. Dimanche, Opont parlait avec autorité, comme il l'a toujours fait. Comme lui, le président de la République, le Premier ministre, les ministres, le chef de la police, les pays amis, les observateurs internationaux et locaux, tout le monde alla dans la même direction pour dire en gros que « ça va pour les élections ». S’il est indéniable que le premier tour des élections législatives s’est tenu sur le territoire, il faut très vite dire que ce fut un exercice imparfait et que l’on s’attelle déjà à corriger ses graves imperfections. C’est la seule façon honnête de présenter l’ensemble des problèmes ayant émaillé cet exercice électoral. Bien entendu, après quatre ans sans scrutin, Haïti ne peut pas se permettre de faire comme si ce qui s’est passé ce dimanche 9 août est un échec total, nous ne pouvons pas non plus nous contenter de le prendre pour un succès acceptable. Ce serait condamner les autres élections à venir à être pires que le spectacle de mauvais goût que l’on a connu dimanche dans de nombreux centres de vote. Opont et les autres acteurs impliqués dans l’organisation des élections ont-ils une attitude stoïque, de façade pour parler en public et une face contrite et consternée quand ils se réunissent pour évaluer sereinement les élections de dimanche ? Il faut le souhaiter. Si ce n’est pas le cas, Pierre Louis Opont deviendra, après ses exploits de 2010 et ce premier semi- échec de 2015, pour notre malheur, un grand spécialiste des élections bouyi vide. Avant de prodiguer conseils et recommandations pour le second tour des législatives et le premier tour de la présidentielle d’octobre prochain, on doit attendre que le Conseil électoral passe l’étape délicate de la proclamation des résultats. Avant, il lui faudra sévir contre les partis politiques et les candidats qui ont occasionné les dérapages de dimanche. Le plus dur est à venir pour Opont et ses pairs. Pour n’avoir pas su bien prévenir, ils vont devoir guérir. Tout bébé mal parti dans la vie peut recevoir une bonne éducation, les parents peuvent corriger ses défauts. Un enfant chétif peut devenir sain, fort et grand. Le Conseil électoral, après son faux-pas de dimanche, ne doit pas être renvoyé, les élections ne peuvent pas être annulées. Il nous faut aller de l’avant, fixer les dysfonctionnements, colmater les fuites, surmonter les faiblesses. Cela dit, le CEP nous doit un mea-culpa en règle. La punition à infliger à Opont et à tous les fautifs de dimanche (du PNUD, en passant par la Police nationale jusqu’aux partis politiques) sera de les contraindre à reconnaître leurs fautes, à faire la promesse publique qu’ils feront mieux, bien mieux, beaucoup mieux, la prochaine fois. Depuis 1987 que nous tenons des élections, celles du 9 août ne sont qu’une péripétie de plus sur la longue route de la démocratisation. Nous devons poursuivre le processus qui a l’horizon pour point d’arrivée. Il ne faut ni banaliser les anomalies ni jeter le bébé avec l'eau du bain.