Les observateurs étaient de trois catégories le dimanche 9 août pour les élections législatives. Il y avait les professionnels haïtiens de l’observation. Financés pour regarder, ils n’ont vu que ce que leurs commanditaires leur avaient demandé de voir. Cette catégorie d’observateurs regarde dans la même direction que celui qui finance leur déplacement. Très utiles, leurs observations varient les unes des autres pour 2015.
Il y avait les observateurs étrangers : de l’Union européenne, de l’Organisation des États américains, de l’Organisation internationale de la francophonie, de la Minustah et d’autres organismes moins connus. Pour la plupart, ils ont débarqué en très petit nombre, ont passé peu de jours dans le pays et ont observé dans des zones convenues d’avance. Le lycée national de Pétion-Ville était le point de rencontre de la majorité d’entre eux. Une vitrine où tout le monde a exhibé son badge.
Il y a eu aussi cette année l’irruption massive des observateurs membres de partis politiques. Cette catégorie est différente des mandataires. Ils ont pour tout attirail un t-shirt où est inscrit en lettres bien visibles : OBSERVATEUR dans une langue ou une autre. Non attendus dans les bureaux de vote, on leur a ouvert la porte partout. Prenant roue libre sur le fait que, souvent, un observateur est un étranger ou mandaté par un pays ou un organisme important, ils ont eu tous les droits.
Ces observateurs vérifiaient tout, contrôlaient tout, observaient tout. Certains ont donné l’alerte pour que des centres de vote soient attaqués, fermés ou protégés suivant que leur candidat était perdant ou donné gagnant dans ce centre de vote.
Évitant d’être confondus avec certains mandataires des partis politiques, ils ont joué le même rôle que ces derniers : semer la pagaille, des fois, avec le support de civils armés ou de membres de la Police nationale d’Haïti embrigadés dans les commandos chargés des basses œuvres des partis capables de payer un déploiement massif sur le terrain, le 9 août dernier.
Lors du premier tour des élections législatives, les observateurs nationaux, étrangers et des partis politiques n’ont pas tenu le rôle que l’on attendait d’eux. Ce n’est pas un hasard si, une semaine après le scrutin, le taux de participation reste un mystère et tous les rapports d’observation incomplets.
Les observateurs n’observaient pas les élections. Ils avaient tous une autre mission.
La prochaine fois, il faudra observer les observateurs.
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