La sous-traitance haïtienne, en particulier le textile, est en train de pâtir de la situation à la frontière haïtiano-dominicaine où des transporteurs dominicains, victimes d’actes d’insécurité, campent sur leurs positions et exigent des autorités haïtiennes des gages de sécurité pour leurs camions et leurs chauffeurs, pour pouvoir recommencer à livrer les marchandises en Haïti. Georges Sassine, directeur de la zone franche Lafiteau, et qui vient de jouer un très grand rôle dans le renouvellement de la loi Hope/Help, a tiré la sonnette d’alarme à Panel Magik, ce mardi 25 août 2015, où, dit-il, pas moins de quatre usines, représentant 20 000 emplois, sont sur le point de cesser toute activité de production, faute de matières premières (toile, fil, fermetures-éclairs, boutons, boîtes en carton, sachets en plastique, etc.)
Intervenant sur les ondes de Radio Magik 9 ce mardi matin, Georges Sassine, fin connaisseur du textile haïtien, n’a pas manqué d’exprimer toute son inquiétude pour cette industrie qui vient de franchir récemment la barre des 40 000 emplois, le plus grand employeur après l’Etat haïtien, et qui représente 90% des exportations du pays. « Trois usines à la SONAPI en plus du parc industriel Caracol, qui à elles quatre représentent 50% des 40 000 emplois du secteur, dépendent de trois usines en République dominicaine, qui sont leurs fournisseurs, se retrouvent actuellement en panne d’intrants », a fait savoir un Georges Sassine de plus en plus préoccupé car, selon ses propres dires, il n'aperçoit aucune lueur de solution à cette situation qui n’a que trop duré.
En effet, le mardi 25 août ramène le 27e jour depuis qu’aucun container dominicain ne traverse la frontière. « Bizarrement, la frontière reste ouverte pour les rapatriements mais pas pour la livraison de marchandises », a fait remarquer Georges Sassine, pince-sans-rire. Selon ce dernier, Caracol, qui reçoit tous ses containers de Puerto Plata, avait, jusqu’à hier lundi, 70 de ses containers bloqués sur la frontière. « L’usine Multiwear de Richard Coles à la SONAPI a dû cesser toute activité de production, faute d’intrants. Seuls les Sud-Coréens ont réussi à contourner ce blocus en recevant deux containers par mer mais cela leur coûte quatre fois plus cher », a fait savoir Georges Sassine, qui admet avoir touché deux mots à des membres du gouvernement sur la question.
Mais, à l’en croire, il ne sent pas encore les efforts du gouvernement pour trouver une solution à cette situation de crise. Il s’est même entretenu récemment avec le ministre haïtien des Finances. « Des promesses, mais toujours rien », déplore-t-il. « Nos compétiteurs directs centraméricains, Honduras, Guatemala, Salvador et Nicaragua sont en train de se frotter les mains […] Plus ça dure, plus c’est difficile à résoudre », a-t-il poursuivi en homme qui, du haut de ses 40 ans dans le secteur, sait de quoi il parle sur le bout des doigts.
Et les conséquences directes pour les usines de sous-traitance haïtienne ne sont autres que la perte de clients qui risquent d’aller s’approvisionner ailleurs, vers des cieux plus cléments. Evoquant un éventuel accord trouvé avec un officiel dominicain, Georges Sassine est revenu sur la position des transporteurs dominicains qui exigent la présence d’un policier haïtien sur le marchepied de chaque camion et celle d’un autre assis à côté du chauffeur pour pouvoir parcourir le tronçon Dajabon-Croix-des-Bouquets. « Mais le chef de la police a fait savoir qu’il ne dispose pas d'assez d’effectifs », a rapporté Georges Sassine, qui appelle les titulaires du ministère du Commerce et de l’Industrie, du ministère de l’Intérieur et du ministère des Affaires étrangères à prendre leurs responsabilités afin d’apporter une solution à cette situation.
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