Les candidats à la présidence de confession protestante se réunissent depuis quelque temps pour trouver le meilleur parmi eux. Celui qui serait le mieux placé pour les représenter et remporter l’élection présidentielle. Les réunions se suivent, les obstacles sont de taille, la recherche se poursuit.
Voir des pasteurs ou des fidèles se mettre ensemble pour parler politique, pour rejoindre des formations politiques, intégrer des plateformes, faire des lois et gouverner est une initiative louable. L’envie de rassembler ceux qui se ressemblent et partagent la même foi est, sans doute, partie d’un bon fond, mais cette bonne idée est très mauvaise. Il y a de grands risques pour le pays dans cette affaire.
La religion doit rester à sa place. La Constitution haïtienne reconnaît le caractère laïque de la République et prône la liberté du culte. Faire de la politique sur une base confessionnelle est comme semer une graine de division supplémentaire dans le chaudron politique et dans la marmite sociale. Mélanger religion et politique en Haïti, en 2015, c’est enfoncer un coin dans l’une de nos plus ténues lignes de fracture.
Jeter la religion dans la bataille politique risque d'entamer la crédibilité de l'un des rares secteurs encore gardien de la morale et de la modération en Haïti. Les Chrétiens, comme tous les autres peuvent faire de la politique, que la foi reste la foi.
Dans le passé, un président haïtien catholique a eu la mauvaise idée de mêler la religion à la gestion du pays. Il en découla une campagne antisuperstitieuse, la chasse aux hougans, la destruction de lieux sacrés du vaudou et des morts d’hommes. Il ne nous faut pas revenir à de telles aberrations.
François Duvalier, comme pour panser les plaies ouvertes par certains de ses prédécesseurs, s’était érigé en protecteur du vaudou tout en évitant de lui donner un statut égal à celui des religions chrétiennes en Haïti. Il a fallu attendre l’adoption de la Constitution de 1987 pour commencer à sortir la religion de nos pères de son ghetto.
Pour preuve que la question religieuse est sensible en Haïti, de temps à autre nous vivons encore des épisodes de haine et de chasse à l’homme pour traquer le malin et le diable. Certains font leur prospérité sur les peurs des autres.
Si Jean-Bertrand Aristide, prêtre avant d’être président, a su gouverner le pays sans faire de prosélytisme religieux, il faut dire qu’il n’avait jamais fait campagne ni réuni la coalition qui le soutenait, le Front national pour le changement et la démocratie (FNCD), sur une base religieuse. Avant lui, sur la scène politique, le Révérend pasteur Sylvio Claude avait su ne pas mélanger religion et politique.
Les vrais politiciens responsables savent que le risque est grand si l'on joue sur cette corde sensible pour essayer de capter les électeurs. La tentation de faire de l’appartenance religieuse un dénominateur commun en politique échoue depuis 1986 à réunir les électeurs. C'est tant mieux.
Espérons que, très vite, les pasteurs politiciens se transformeront en de vrais politiques et qu’ils ouvriront leur coalition à l’éventail des citoyens qui forme la nation. Pour la démocratie, c’est la meilleure option.
A César ce qui est à César, à chaque confession son jardin et à Dieu notre cœur.
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