Personne ne s’émeut de l’installation durable de camps de fortune à la frontière entre Haïti et la République dominicaine, du côté d’Anse-à-Pitre. Là-bas, il y a que les plus pauvres d’entre les pauvres. Ceux dont ni Haïti ni la République dominicaine ne veulent. Nos compatriotes attendent, entre soleil et poussière, que les temps changent. Que les portes de l’accueil cordial s’ouvrent à nouveaux chez nos voisins ou que l’Etat haïtien pense à eux. En attendant, leur misère prend racine à Anse-à-Pitre et la République dominicaine s’allège goutte à goutte des Haïtiens.
Personne ne s’émeut non plus de la situation à l’Arcahaie. La violence se banalise. Cela fait des jours que cela dure. Des dégâts, des voitures brûlées, des embêtements pour beaucoup de monde et même des morts, rien ne bouscule la décision inattendue de l’administration Martelly de créer une commune sortie de rien : Les Arcadins. Inventer une entité administrative est une prérogative de l’Etat, mais souvent on se contente de faire monter en grade un quartier (Tabarre) ou une section communale (Montrouis, aurait pu l’être) pour créer une nouvelle commune. Les Arcadins ne sont même pas La Côte des Arcadins, c’est du neuf qu’aucune population ne revendique, sauf ceux qui rêvent d’exclusion. Les Arcadins ne sont qu'un grand appel d’air pour la violence.
Un ministre, un de plus, quitte le gouvernement Paul. Rotchild François Jr a remis sa lettre de démission au premier ministre. En public, ces derniers temps, celui qui est l’un des représentants les plus aboutis de la presse haïtienne de l’après 1986 était devenu l’objet de blagues douteuses du président de la République, Michel Martelly. L’humiliation a suivi la blague, mais personne n’a volé au secours de Rotchild. Ses collègues ministres ont laissé faire en se cachant sous leur fauteuil pour éviter d’être le prochain souffre-douleur du chef de l’exécutif. Les journalistes ont blâmé leur confrère trop accommodant. Le grand public s'est partagé le rire et la commisération. Personne n'a cherché les raisons de cet acharnement. L’exécution comique de Rotchild est celle de toute la presse, même si personne ne s’en émeut.
Le Conseil électoral continue de s’enfoncer et de nous entraîner avec lui dans les bas-fonds d’une élection mal organisée. Les conseillers les plus audacieux sont repartis pour Dubaï constater de leurs yeux que les bulletins pour la présidentielle du 25 octobre sont en cours de fabrication. Ce 15 octobre, nous sommes pourtant toujours dans les méandres du 9 août, ce premier tour des législatives dont on ignore encore les résultats définitifs. En fait, on ne sait rien des élections. Sinon que le Conseil électoral viole le décret sur la place publique, ment comme d’autres respirent, sort des solutions ou se cache derrière ses petits doigts quand il le faut. Les institutions qui ont désigné les neuf membres de ce CEP et les partis politiques continuent de croire qu’ils seront les bénéficiaires de cette opération qui ne dit pas son nom.
Ce 15 septembre, la communauté internationale est montée au créneau pour pousser le CEP à aller dans la bonne direction avec les élections. Cinq candidats à la présidence ont participé à un débat à Washington. Le deuxième exercice du genre de la campagne s’est déroulé en terre étrangère. Le troisième aussi aura lieu aux Etats-Unis d’Amérique. Le président de la République, lui, a ouvert la campagne électorale de son candidat au Cap-Haïtien. Toujours ce 15 septembre, l’expert des Nations unies pour les droits de l’homme a encore rappelé que le pays rame dans le mauvais sens sur bien des dossiers.
Sans honte ni gêne, tout se passe comme si le bon sens de ce pays était sur une autre planète. C’est ce délestage qui nous permet de vivre si bien les moments délicats de ce deuxième semestre de 2015.
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