Ce mercredi 30 septembre marque le 24e anniversaire du coup d’Etat de 1991. Cet événement tragique a marqué l’adolescence de ceux qui sont dans la trentaine aujourd’hui. Les séquelles laissées par cette tragédie sont énormes et encore visibles dans nos vies. Certains en souffrent encore dans leur corps et dans leur âme. La journée du 30 septembre s’est déroulée dans l’indifférence. Peut-être qu’on a fait le deuil du coup d’Etat ou ceux qui devraient en parler ont une bonne raison de se taire. Sans doute veulent-ils se donner bonne conscience. 24 ans après, Haïti s’est-elle relevée du coup d’Etat ? Les plaies se sont-elles cicatrisées ? A défaut d’une réponse, il faut reconnaître que bien des choses ont changé depuis. On a franchi des pas de géant en matière de liberté d’expression. Un président élu n’a plus à craindre un coup d’Etat des Forces Armées d’Haïti. Difficile d’allonger la liste. Chercher ce qui a changé dans le bon sens en 24 ans ne semble pas être un exercice trop facile. Même ce qu’on présente comme des avancées mérite d’être questionné. On abuse de la liberté d’expression. On exige le retour des Forces Armées d’Haïti comme un cri désespéré par rapport au banditisme, à l’insécurité et aux crimes organisés que la PNH peine à combattre. Quel candidat à la présidence ne promet-il pas de remobiliser l’institution militaire? Ceux qui ont été victimes du coup d’Etat, les auteurs et coauteurs peuvent choisir de ne pas réveiller les vieux démons en ce 30 septembre 2015. Cela ne fera pas oublier pour autant les conséquences néfastes de ce triste événement sur notre présent. L’Etat haïtien ne s’est toujours pas relevé des dégâts du coup d’Etat. La présence des Casques bleus de l’ONU en est la preuve. La communauté internationale ne s’est jamais retirée de notre intimité. Elle nous a ramené « la démocratie » pour ne jamais partir. Les bailleurs de fonds continuent de confier la gestion de l’aide internationale aux ONG au grand dam des institutions haïtiennes jugées trop corrompues et inefficaces. Les piles d’immondices enlaidissent encore nos rues. Les coupures d’électricité hantent toujours notre quotidien. Malgré la construction du Parc de Caracol, le secteur de la sous-traitance ne trouve toujours pas son niveau d’avant 91. L’économie haïtienne dans son ensemble souffre toujours des méfaits des trois ans d’embargo ayant suivi le coup d’Etat. Si tous ces problèmes datent d’avant 91, on doit cependant reconnaître que le coup d’Etat les a amplifiés. 24 ans après le coup d’Etat, le pays vit une instabilité chronique. Le premier tour des législatives du 9 août montre qu'on n'est pas sorti de l’auberge. Les maux que dénonçait l’ancien président Jean-Bertrand Aristide avant le coup d’Etat persistent. Ni Aristide post coup d’Etat, ni René Préval I et II (son poulain), ni Michel Martelly présenté comme un proche des putschistes de 91 n’ont fait bouger les choses. Désenchantée, la population haïtienne cherche désespérément un sauveur ou le confort de l’oubli.