Même sans timbre, la nouvelle est passée comme une lettre à la poste. Elle était énorme. Mais personne n’y a prêté attention. Personne ne s’en est offusqué. Peu s’en sont réjouis. L’acteur Sean Penn, sans expérience dans le reboisement comme il n’en avait aucune dans la reconstruction, va prendre la tête d’une coalition pour refaire de notre coin de terre une surface plus verte.
Pour y réussir, Penn s’était incrusté dans l’avion de François Hollande lors de sa visite en Haïti, il a fait du Sean à Ségolène Royal et les autorités haïtiennes ont donné les autorisations ayant, toutes, depuis 2010, succombé à son bagou et à son carnet d’adresses.
Il fallait voir la représentation haïtienne lors de la cérémonie de signature à New York : nous étions heureux de trouver le nègre qui fera notre devoir à notre place.
Après un inutile succès dans la démolition des ruines du palais national et quelques inaugurations, l’ONG de l’acteur Penn s’offre le beau rôle : elle va collecter de l’argent pour qu’Haïti reverdisse. Une mission à très très long terme, si bien qu’on ne sait plus qui prend mieux racine ici… les arbres promis ou Sean Penn?
Depuis le séisme, on ne compte plus les gentils hold-ups de nos amis les Blancs, peoples ou politiques, Ongistes ou humanitaires, qui s’emparent de pans entiers de la souveraineté nationale, pour faire à notre place ce que nous échouons à faire bien, depuis des décennies.
Regardez ce qui se passe avec les élections. Plus expert que le PNUD, il n’y a personne pour dépenser des millions par dizaines sans donner ni l’assurance de résultat ni de résultat concret.
On nous dit fermez les yeux, laissez-vous guider, un Blanc qui détourne de l’argent de sa finalité n’est pas un voleur mais un ami qui vous veut du bien. S’il s’acoquine avec des Haïtiens, tous deviennent aussitôt des saints.
La raison : chaque jour, nous attendons un signe, un mot, un geste de l' autre qui accomplira à notre place nos devoirs.
Ce mardi, c’est le cœur rempli d’espérance et de doutes que nous allons suivre la visite du secrétaire d’Etat américain John Kerry au pays. Plus que les discours ou les intentions réelles de l’ancien sénateur, c’est le décodage de ses petites phrases qui va retenir toutes les intelligences haïtiennes en alerte.
Que veut-il dire ? Vers quel camp penchent les Américains ? Qui sera l’heureux élu ? Avec un Conseil électoral et une société qui rêvent d’élections sans électeur et un CEP qui règle tout, le légal et l’illégal, en s’appuyant sur des jugements boiteux de ses instances contentieuses, nous sommes servis.
En définitive, cela fait des décennies que les Blancs ne se préoccupent plus de qui gagne ou de qui gouverne Haïti. Ils savent que de toute façon le résultat sera du pareil au même de l’un à l’autre.
Nous sommes tous dans le même sac, pour eux. Dans la même catégorie des mauvais gestionnaires et, un à un, les étrangers vont continuer à nous déplumer de nos attributs devenus inutiles.
Sauf si un jour, nous nous décidons à prendre nos responsabilités.
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