Si vous prêtez attention deux minutes aux propos de la majorité des candidats à la présidence, vous pouvez être convaincus qu’ils nous viennent de la planète Mars. Ce lieu de naissance ou de résidence mis à part, comment comprendre que des candidats à la présidence d’Haïti accouchent des énormités si surprenantes sur les capacités de notre pays à financer les projets mirobolants qu’ils disent détenir dans leurs cartables ? Pas besoin d'être un savant pour comprendre que les lignes de chemin de fer, les téléphériques comme mode de transport public, les créations d’emplois par centaines de milliers, la restauration immédiate des Forces armées d’Haïti, les changements radicaux dans nos relations avec la République dominicaine, la construction de milliers de logements sociaux et autres promesses généreuses ne peuvent pas trouver de financement de manière aussi aisée qu’ils veulent nous le faire croire. Si aucun candidat n’annonce la création de nouvelles taxes ou la recherche de nouvelles sources de revenus, tous ou presque prennent pour acquis que, du jour au lendemain, ils vont percevoir des taxes à la frontière, combattre la contrebande, arrêter la corruption. Rares sont ceux qui nous présentent un calendrier, un échéancier. Mettez-les au pouvoir et tout ira bien, tout de suite. Ils parlent d’augmentation des recettes fiscales comme quand on fait des pronostics sur la victoire d’une équipe de football que l’on aime : on va gagner, car on l’espère… Visiblement, les partis politiques n’ont pas fait leur travail. Ils n’ont pas préparé leurs dossiers. Les candidats ne savent rien de la réalité du pays dont ils parlent ni de l’administration dont ils hériteront les rênes, s’ils sont élus. Les Duvalier, père et fils, du temps de leur toute-puissance de dictateurs, maîtres des vies et des biens, étaient plus modestes que le denier-né des quidams qui se rêve président de la République en 2015. Certains de nos candidats naviguent entre rêve et délire. Les candidats aux législatives ne sont pas meilleurs. Ils n’ont pas non plus les pieds sur terre, tant nombreux sont les futurs sénateurs ou députés qui repoussent loin de leur responsabilité la rédaction des lois, le contrôle de l’exécutif ou la participation aux séances de leurs assemblées respectives pour promettre routes et ponts, marchés, hôpitaux, écoles et centres universitaires, la lune et les étoiles. Bien entendu, si vous prêtez attention aux nouvelles de la campagne électorale, vous vous apercevrez que peu de partis politiques ont présenté des candidats de poids aux élections municipales. La gestion de nos villes va se poursuivre au petit bonheur de la chance avec des édiles qui ne sont pas outillés pour délivrer la marchandise. Les élus qui sortiront des urnes pourront difficilement (re) construire les villes, ce premier socle du développement, en s’occupant bien de cet incontournable palier du mieux-être d’une nation qui s’érige au prix d’une gestion municipale saine et ambitieuse. Nous allons laisser nos villes aller à vau-l’eau, le Parlement s’ingénier à faire des crocs-en-jambe à l’exécutif et la présidence errer dans des sentiers chimériques. La prochaine fois que vous en aurez l’occasion, accordez deux minutes à l’écoute attentive des promesses de nos candidats, à n’importe quel poste, et vous aurez la juste mesure entre ceux qui errent et ceux qui savent de quoi ils parlent. Les pourcentages sont déconcertants. Dans un cas comme dans l’autre.