Le pays retient son souffle à environ deux semaines des élections fixées au 25 octobre prochain. On redoute de revivre le scénario du 9 août dernier. Les conditions dans lesquelles le premier tour des législatives s'est déroulé font douter même les plus optimistes du bon déroulement du premier tour de la présidentielle. Le doute est légitime dans la mesure où le Conseil électoral provisoire (CEP) donne l’impression qu’il ne maîtrise toujours pas la machine électorale. Quelque deux mois après la tenue du premier tour des législatives et à environ deux semaines du second tour, certains candidats ne sont pas encore fixés sur leur sort. Ajoutez à cela, le CEP ne parvient toujours pas à expliquer comment des candidats arrivent à se faire élire dès le premier tour alors que le scrutin était boycotté dans leurs circonscriptions ou départements. C’est dans ce contexte que certains chefs de partis politiques, candidats à la présidence de surcroît, réclament à cor et à cri un gouvernement de transition. Aux crédules, ils font croire que c’est la meilleure option pour l’avenir du pays. Pas étonnant que des partis politiques qui détenaient des postes ministériels rejoignent les partisans de la transition. Ils veulent gagner sur tous les fronts. On trouve même des candidats qui participent aux débats présidentiels dans la matinée et appellent dans l’après-midi à la mise en place d’un gouvernement de transition. Incroyable ! N’en déplaise à ceux qui, dans cette cacophonie, défendent leur conviction et qui se sont montrés cohérents pendant toute la présidence de Martelly. En dépit de tout, la campagne électorale avance plutôt bien que mal. De rares candidats à la présidence, parmi les 54 en lice, investissent réellement dans la campagne. En imaginant ce que coûte une vraie campagne électorale pour la présidentielle, on comprend le choix de certains candidats d’abandonner la course. C’est plus facile d’arpenter les médias pour appeler à la mise en place d’un gouvernement de transition que de parcourir le pays pour convaincre les électeurs. Le scénario actuel ne présage rien de bon pour l’avenir du pays. Avec des « démocrates » qui ne croient pas aux élections, un CEP qui n’inspire pas confiance, un gouvernement visiblement fatigué et un exécutif qui veut garder le pouvoir à tout prix, il y a de quoi s’inquiéter. En additionnant tous ces éléments, certains croient que le pays roule à toute allure vers un gouvernement de transition, d’autres, vers des élections frauduleuses. Un vrai dilemme ! Les élections du 25 octobre prochain risquent de fragiliser davantage la situation. Tout dépendra des électeurs qui ont le choix de rester chez eux comme le 9 août dernier, de confier un nouveau mandat à l’équipe Tèt Kale ou de changer le bateau de capitaine. Sur lequel de ces choix Haïti met-elle le cap? Toute la question est là.