A quelques heures de la présidentielle, du second tour des législatives et des premières élections municipales tenues en Haïti depuis des années, tout observateur est partagé devant le dilemme du verre. Est-il à moitié rempli ou à moitié vide ? Faut-il fermer les yeux et faire confiance au gouvernement de la République qui donnera des ordres à la Police nationale d’Haïti, au CEP qui a en main les manettes de la machine électorale et à la communauté internationale qui a le budget, les observateurs, le dernier mot en bien de matières ? Faut-il croire que cette fois, cette coalition d’acteurs qui souhaitent que tout aille bien fera tout pour que tout se passe bien ? Ou faut-il craindre qu’encore une fois ils vont donner les mauvais ordres, vont mentir sur les bilans, vont fermer les yeux sur ce qui serait inacceptable chez eux ou s’ils avaient un avis défavorable sur le régime Martelly-Paul ? Que faut-il présumer ou appréhender à quelques heures de ce 25 octobre qui ne doit pas ressembler au 9 août ? Comme nous sommes pauvres, ce CEP incompétent et partial et la communauté internationale « maître et seigneur », la tentation serait de se détourner de ce qui se passera dimanche, en se disant que tout est joué d’avance… Et pourtant… Parce que justement nous allons devenir plus pauvres, plus dépendants et plus incompétents si les élections se passent mal, il faut redoubler de vigilance et demander, encore et encore, que le gouvernement reste dans son rôle d’élément neutre sans être désintéressé, que le CEP soit plus honnête dans la reconnaissance de ses faiblesses et la communauté internationale moins assassine de ce bébé dont elle nous a donné la garde depuis la chute des Duvalier, dont elle nous a renouvelé la garde après la débandade de l’armée et reconfirmé dans notre rôle de responsable après les tristes événements de 2004. Ce nous, c’est le peuple des votants qui, depuis novembre 1987, se réduit, subit les soubresauts des assauts contre la démocratisation et assiste aux mauvaises performances des CEP et des gouvernements. Nous, c’est aussi les abstentionnistes de fait ou par conviction, tous ceux qui renforcent le camp des déçus et des désabusés. Nous, c’est enfin la grande masse de ceux qui vivent sans se soucier de qui peuplent nos palais, car de toute façon leur vie sera semblable à ce qu’elle est depuis des années, des décennies, des siècles. Dans tout pays normal, à quelques heures d’élections aussi cruciales, la préoccupation devrait être le choix des candidats ou l’évaluation des programmes. Ici, la question est de voir ou de ne pas voir que personne n’a la certitude que tout est en place pour que tout se passe bien.