La méthode Assimil d'apprentissage offre depuis des années une ligne de solutions pédagogiques pour maîtriser les langues étrangères. Pendant des décennies, chouchou de tous les Haïtiens qui rêvaient de partir aux États-Unis d'Amérique, « L'anglais sans peine » était l'un des livres les plus vendus en Haïti.
Pourtant, un titre, encore plus important que le fameux « Comment se faire des amis » de Dale Carnegie ou le « Au nom de tous les miens » de Martin Gray, est le Graal que cherchent à se procurer tous les politiciens haïtiens et même ceux qui, sans en avoir l'air, rêvent de s’asseoir dans le fauteuil bourré du palais national ou sur n'importe quelle chaise bancale dans un quelconque bureau. Il s'agit du très fameux «Le pouvoir sans peine». Un livre imaginaire.
Personne ne connaît l'auteur de cette méthode imparable de prise du pouvoir qui, depuis l'avènement de Faustin Soulouque à la tête de l'État haïtien en 1847, fascine tous les Haïtiens jouissant de leurs facultés mentales.
On rapporte sans preuve que Jean-Claude Duvalier l'avait lu depuis le temps de ses classes primaires à Jean-Marie Guilloux; qu'avant même d'entrer à l'Académie militaire, Henry Namphy ne s'endormait jamais sans lire une ou deux pages ; l'ayant acheté dans une librairie de livres rares à Paris, jeune étudiant, Leslie Manigat, jusqu'à ses derniers jours, pouvait en réciter des chapitres entiers, jurent ses amis ; Prosper Avril en aurait une version révisée, augmentée par ses soins ; Ertha Pascal Trouillot possèderait une édition écrite par un vieux sage sur du parchemin. Jean-Bertrand Aristide, René Préval et Michel Martelly, privilège de président élu, dit-on, se sont tous passés et repassés une transcription qui aurait appartenue à François Duvalier lui-même.
Mieux que les œuvres de Sun Tzu, de Machiavel, de Clausewitz ou de Mao, «Le pouvoir sans peine» contient des méthodes et techniques, rudimentaires certes, mais imparables, pour se saisir du pouvoir, non, pour se glisser au timon des affaires, rapporte la légende qui entoure cet ouvrage fabuleux.
Tous les politiciens haïtiens qui envisagent de parvenir à la tête de l’État appliquent sans nuance, ayant lu ou pas le livre, les préceptes qu’il contient. Personne ne peut certifier qu’ils ont eu accès à la bonne version.
Comme pour « L'Anglais sans peine », « Le pouvoir sans peine » existe en mille versions. Les bouquinistes, les faussaires, les racketteurs distillent de fausses feuilles comme Paris-Match publie les bonnes feuilles des meilleurs récits. Allez savoir ce qu’ils ont lu, nos politiciens.
La publication des résultats des élections du 25 octobre sera un révélateur puissant pour séparer le bon grain de l’ivraie ou pour permettre au ver d’entrer, encore une fois, dans le fruit…
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