Le Conseil électoral provisoire a publié les résultats de la présidentielle. Les conseillers prennent en compte 12 939 procès-verbaux issus des 13 725 bureaux de vote qui avaient ouvert leurs registres le 25 octobre. Ce résultat proclamé par le CEP est une façon éclatante de dire que le 25 octobre il n’y a pas eu de fraudes, ni de problèmes particuliers lors du 1er tour de la présidentielle. Ni les récriminations de huit candidats à la présidence, ni les remarques des observateurs n’ont dévié le CEP de sa lecture de la situation. Tout a été bien, selon le CEP. Bien entendu, il reste la période contentieuse. Au Bureau du contentieux électoral départemental (BCED) et au Bureau du contentieux électoral national (BCEN), des candidats peuvent remettre en question leur classement et changer le cours de l’élection. Pour le moment, les résultats ne sont que préliminaires. Avec ce deuxième scrutin réalisé en quelques mois, le CEP d’Opont prouve que les critiques et les suspicions sont carburant et moteur de son action. Côté candidats, il n’y a pas de quoi pavoiser. Pour élire un président, 18 sénateurs, 111 députés et 142 maires, à peine un million et demi d’Haïtiens se sont déplacés. L’attraction des politiques en prend un sacré coup. Seuls les quatre premiers candidats ont récolté plus de cent mille voix. Seulement neuf candidats à la présidence sur 54 ont réussi un score supérieur à 1%. Sur les 5.8 millions d’électeurs attendus, un million cinq cent trente huit mille trois cent quatre-vingt-treize (1538 393) ont voté pour eux. Sept électeurs sur 10 ont boudé le scrutin. Sept candidats ont récolté entre dix et cinquante-six mille votes. Neuf candidats n'ont pas recueilli mille voix. Les deux candidats arrivés en tête sont d’illustres inconnus : un entrepreneur qui ne faisait pas de politique avant qu’on le découvre candidat du parti au pouvoir, Jovenel Moïse, et un chef d’entreprise, candidat-surprise en 2010, qui s’est tenu loin de la politique active ces cinq dernières années comme il l’avait fait avant 2010, Jude Célestin. Jovenel et Jude, Jude et Jovenel poussent vers la sortie une classe politique usée, empêtrée dans son opposition stérile et son manque d’imagination. Pour l’instant, la tendance, depuis 2010 et l'élection de Michel Martelly, confirme que le marketing remplace l’idéologie dans le paysage politique, d’ici à décembre aurons-nous des surprises ? La classe politique traditionnelle va-t-elle se réveiller et sortir de sa descente aux enfers ? Aurons-nous des sénateurs, des députés, des maires à la hauteur de leurs responsabilités ? Deux mois de vie politique intense attendent ceux qui s’intéressent aux changements que nous vivons. Sans l'appui massif de la population, avec deux leaders vierges de tout mandat politique et un renouvellement de tous les postes électifs (le dernier tiers du Sénat s’en va bientôt), 2016 sera une année charnière.