Pour le journaliste Jean Max Blanc, 58 ans, ce vendredi 13 était jour de dialyse. Souffrant d’insuffisance rénale aiguë, il se rend deux fois par semaine à l’unité offrant ce service à l’Hôpital de l’Université d’État d’Haïti (HUEH), installée dans les locaux de l’ancien hôpital militaire, à un jet de pierre du palais national. Le processus qui doit durer quatre heures s’arrête brusquement au bout de 45 minutes à cause d’une coupure de courant. La génératrice, en panne depuis le 8 octobre, n’est pas réparée. Jean Max Blanc, ex-présentateur d’Expres 4 h, sur radio Métropole, correspondant dans le temps de La Voix de l’Amérique, reçoit son sang non épuré avec du sérum, du NACL à 0.9. Il rentre chez lui presque à la tombée de la nuit. Sa femme, Marie Yves Blanc, à côté de lui dans tous ses combats, le voit prendre le lit après avoir avalé quelques cachets. Des antibiotiques prescrits pour combattre une infection pulmonaire. Jean Max Blanc s’endort. Vers 3 heures du matin, il se réveille en catastrophe. Il ne pouvait pas respirer. Il est tombé. Son cœur s’est arrêté de battre. « Tout s’est passé très vite », confie sa femme, jointe par le journal en début d’après-midi, ce lundi. L’envie de parler, de camper son mari est là. En une phrase, Jean Max, pour elle, c’était la « passion de journalisme, de son fils et une intégrité portée jusqu’au bout ». Il ne transigeait pas sur ses principes. « Jean Max refusait beaucoup d’avantages. C’est pour cela qu’on n’avait jamais d’argent à la maison », raconte sa veuve, qui confie que les funérailles seront chantées samedi, à 8 heures 30 a.m., en l’église Saint-Pierre de Pétion-Ville. L’exposition de la dépouille se fera à 7heures 30. En milieu de journée, à l’unité de dialyse, il y a de la colère dans l’air. « Sa mort nous affecte beaucoup. C’est la raison pour laquelle on n’a pas travaillé », confie une infirmière qui n’a pas de doute sur la cause du décès de Jean Max Blanc. « Il a fait un œdème aigu des poumons parce qu’on lui a restitué son sang non épuré avec du sérum alors qu’il avait déjà un surcharge de liquide. Cela ne serait jamais arrivé si la génératrice, en panne depuis le 8 octobre, avait été réparée », fulmine cette infirmière. Il n’y a pas que la génératrice. Le système de traitement d’eau ne fonctionne pas depuis six mois. «Nous n’avons pas de matériels depuis 5 à 6 mois », révèle cette infirmière de cette unité qui ne compte que sur 4 appareils de dialyse en état de marche actuellement. « On a tous les problèmes. Il nous faut des solutions », lance-t-elle tout de go, à quelques mètres de quatre malades qui attendent désespérément d’être dialysés. Question de vie ou de mort. « Si on n’est pas dialysé, c’est la mort », balance Magnanita Pierre, 24 ans. Elle est dialysée depuis quatre ans maintenant. Sans détour, elle soutient l’arrêt de travail des infirmières. À cause des coupures de courant répétitives, la panne de la génératrice, les malades perdent les matériels qu’ils achètent quand la séance n’est pas complétée. La séance coûte 4000 gourdes. Il faut deux séances par semaine. Quand l’État fournissait le matériel, on payait 1000 gourdes, détaille Pierre Magnanita, obligée de faire une croix sur ses rêves d’aller à l’université. Entre deux confidences sur le calvaire de la jeune, un autre patient lance « qu’on a fait un tirage au sort ». Le visage blafard, le regard suintant l’usure, la fatigue, cet homme dans la soixantaine voulait être choisi. Non. Pas lui. Une femme, plus affaiblie que lui, est préparée, en dépit de l’arrêt de travail, pour la dialyse par deux soignantes. Les pieds enflés au-dessus des chevilles, les tempes creusées, c’était une question d’heure pour cette femme qui respire à petits coups. Cette dérogation à l’arrêt de travail est une affaire de cœur. Avec les dialysés se créent, au fil des séances, un lien, de la compassion. « Nous sommes consternés par la mort de Jean Max Blanc, un journaliste qui a marqué son temps. Nous déplorons, encore une fois, que le système sanitaire ne soit toujours pas capable de soigner comme il se doit les fils et les filles du pays », confie Jacques Desrosiers, secrétaire général de l’Association des journalistes haïtiens (AJH). « C’est une grosse perte. Jean Max Blanc était un aîné. Cool, ouvert, il conseillait souvent les plus jeunes », se souvient Sabine Jean Étienne, journaliste à la TNH. Jean Max Blanc, outre à Radio Métropole, a travaillé comme correspondant pour La Voix de l’Amérique, pour Enfomasyon nou dwe konnen (ENDK) après le séisme, au ministère de la Communication et pour l’unité de communication de la mairie de Pétion-Ville. Il était le père de deux enfants, dont un fils de 25 ans de son épouse.