3heures 39. Des traits tirés, des visages pleins de poussière. Ils sont presque une centaine d’écoliers et de particuliers à attendre au « carrefour de l’Académie », ce lundi 23 novembre 2015. Dans cette intersection reliant Tabarre, Frères et Pernier, quand un de ces vieux pick-up cabossés s’arrête, il n’y a pas de place pour les bonnes manières. Il faut se battre, s’agripper, saisir l’occasion pour rentrer à la maison. La circulation, dans ce carrefour, devrait être fluide depuis qu’il a été élargi il y a plusieurs mois. Mais ce n’est pas le cas. Il est plutôt un nœud gordien avec ses multiples crevasses. Ces temps-ci, ce segment vers Tabarre, constitue une véritable menace à la sécurité des automobilistes et des piétons. En plus des bosses, le bord de la route, à la lisière du trottoir du cimetière de Frères, est rongé sur plus de 50 mètres de long avec, par endroits, une profondeur atteignant presque un mètre. Il n’y a aucun panneau pour indiquer le danger. Vous devez savoir. C’est tout. Ne pas savoir, c’est à vos dépens. « Récemment, j’ai vu ici un véhicule renversé sur le côté », indique un cadre d’une entreprise de Tabarre qui, comme tout le monde, a constaté l’arrêt des travaux effectués par HL Construction. « Il ne manquait que le revêtement lorsque le chantier a été arrêté », souligne Eddy Joseph, un chauffeur de tap-tap. Pour lui, il est urgent de finaliser ces travaux. « Il n’y a pas que ça », reconnaît-il, lui qui a vécu presque toute sa vie à Frères. L’eau de pluie n’est pas maîtrisée et la bidonvillisation des piémonts n’aide pas, explique-t-il, en pointant du doigt les hauteurs, les quartiers comme Kay Gros et Tunnel où la population a explosé, particulièrement après le tremblement de terre du 12 janvier 2010. Sur quelques centaines de mètres, en direction de Tunnel, on s’enfonce entre des maisons construites dans l’irrespect total des normes d’urbanisme. À plein régime, une petite fabrique de blocs tourne. Personne ne sait si les blocs sont réalisés selon les normes. On verra s’ils passeront le test du prochain séisme. À quelques pas de là, sur le sentier sinueux, difficile à escarper, on a abandonné de la terre qui finira en bas, aux prochaines averses avec les détritus qu’on n’aura pas brûlés. « Avant, il y avait beaucoup d’arbres, pas toutes ces maisons », se désole Roberta, propriétaire d’un terrain à Tunnel depuis 2006. Sur tout le versant, jusqu’à Pernier et bien au-delà, on a construit pendant ces vingt dernières années. Pour souligner la déstabilisation profonde de ces flancs de montagne, il y a ce qui reste de la route de Pernier. Les bouts de piste goudronnés que les inondations, que les tonnes d’alluvions n’ont pas encore emportés. Comme de véritables veines ouvertes, des ravines sèches ou presque sèches comme « Dlo Ekliche » déversent, en temps d’averse, leurs eaux sur la plaine du Cul-de-Sac. En contrebas, la route de Tabarre (BLVD 15 Octobre), par endroits, offre des bandes d’asphalte sans nids entre le Parc Historique de la Canne à Sucre et le cimetière de Fleuriot que l’on profane à longueur de journée. Le cimetière est devenu un dépotoir à ciel ouvert. Il n’y a pas que ça. À quelques pas des tombes sur lesquelles des photos de candidats à la présidence ont été accolées, un homme dans la vingtaine, longiligne, t-shirt vert estampillé « Comme il faut », vend du « clairin trempé à tous les bois ». L’étal dit tout du tenancier et de son rapport au monde. « Lèzòm fòker » est écrit avec une peinture rose bonbon. Et comment. À plus d’un kilomètre de là, à partir de carrefour Clercine, la route est un calvaire pour les automobilistes. Jusqu’à Cazeau, la route est défoncée. Ces artères, que les chefs n’empruntent pas, ne sont pas les seules à se trouver dans cet état-là. Elles ne sont peut-être pas encore vues dans le gros livre des TPTC sous Martelly…