« En aucun cas, il ne s’agissait d’augmenter les taxes », a martelé le grand argentier de la République, Wilson Laleau, qui dit mettre quiconque en défi de lui prouver le contraire. Le ministre faisait référence aux outils de financement alternatif du budget qui sont, selon lui, une douzaine de mesures de financement direct et indirect du budget. Des mesures qui, rappelons-le, avaient provoqué une levée de boucliers et dont certaines d’entre elles, face à la menace de certains secteurs de recourir à la grève, ont été mises en veilleuse. Pour reprendre Laleau, qui tentait de faire comprendre à l’assistance le bien-fondé de ces mesures, jusqu’en juin dernier, il ne disposait que de 83 milliards de gourdes pour monter le budget. « C’était pratiquement impossible pour moi de monter ainsi le budget. Nous avons passé tout le mois de juillet à réfléchir sur ces outils [de financement alternatif du budget] », a révélé le ministre tentant de répondre aux préoccupations des membres de la société. Ces derniers les ont listées, et c’est au professeur Rosny Desroches que l’honneur revenait de les communiquer au ministre pour que ce dernier puisse faire les clarifications y relatives. Selon Rosny Desroches, figure de proue de l’ISC, ces préoccupations sont la résultante de trois séances de travail organisées par l’ISC, au cours de ces deux derniers mois, sur la situation de l’économie du pays, sur le budget 2015-2016 et sur les nouvelles mesures fiscales contenues dans le budget de l’exercice en cours. Deux de ces trois séances ont eu respectivement pour invité le représentant du FMI en Haïti et le sénateur Jocelerme Privert. Les préoccupations de la société civile concernent notamment l’augmentation de la dette extérieure, le peu d’investissement direct étranger enregistré pour l’année 2014 (99 millions de dollars), l’accumulation chronique du déficit budgétaire, le déséquilibre entre le budget de fonctionnement et le budget d’investissement (augmentation substantielle de 16% du budget de fonctionnement contre 5% de croissance du budget d’investissement), la non-fiscalisation du secteur informel et la mauvaise gestion de l’ED’H. « Ils [les membres de la société civile] ont souhaité que désormais les dispositions fiscales ne soient pas prises à travers le budget, mais en modifiant les lois fiscales du pays. Selon beaucoup d’analystes, c’est contre-productif. Cela n'implique que seul l’aspect financier, l’aspect de mobilisation de ressources est pris en compte au détriment des aspects sociaux, environnementaux […] », a indiqué Rosny Desroches au ministre Laleau, invitant ce dernier à un dialogue ouvert, franc, sans langue de bois, sans flagorneries. Un dialogue à la fois ferme et respectueux du point de vue de l’autre. Si la présentation de Laleau n’a pas été trop formelle, par contre, le ministre était un peu excédé par l’incompréhension, dit-il, de ceux qui critiquent ses mesures qui ne visaient que l’autonomisation du pays en termes de mobilisation de ressources. En effet, selon Laleau, l’État haïtien n’arrive pas à mobiliser les ressources nécessaires pour mettre en place ses politiques publiques. « Haïti est un pays pauvre parce qu’il n’arrive pas à lever les ressources publiques pour financer les biens publics », tranche Wilson Laleau, qui se désole du fait que moins de 13% des revenus généraux de l’économie rentrent dans les caisses de l'État contre 23% pour la Jamaïque et entre 38 et 40% pour les États-Unis. ’ « Haïti doit maintenant se débrouiller avec un budget de 122 milliards de gourdes qui ne sont même pas garanties dans la mesure où il y a des réticences à certaines réformes que nous nous proposons », se plaint le titulaire du MEF, qui rappelle que sur les 5 dernières années, le budget de la République s’élevait à 136 milliards de gourdes grâce aux flux de l’aide internationale déversés sur le pays après le séisme de 2010. « Si le budget d’investissement augmente, le budget de fonctionnement automatiquement va augmenter », explique ensuite Laleau à l’assistance venue en grand nombre pour prendre part à cette présentation de l’ISC. Une initiative qui a reçu le support en grande partie de l’Union européenne.